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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 12 novembre 2017 jour de Saint-Augustin

Denis Vallier
Page du 12 novembre 2017 jour de Saint-Augustin

   Qu’il le veuille ou non, qu’il s’en rende compte ou pas, quelles que soient ses origines et sa couleur de peau, tout francophone est imprégné de l’incomparable odeur des premières gouttes de pluie dans la poussière mêlée à celle de l’encens. Même s’il n’en a pas forcément conscience, il est estampillé par Saint-Augustin le Berbère et par Victor Hugo le géant. Ces deux-là cheminent à ses côtés dès ses premiers pas.

   La culture c’est comme les odeurs : on s’en imprègne très tôt, positivement ou négativement, et il nous est difficile de changer ce rapport initial. Tout le monde croit fréquenter son ami Victor au travers de sa biographie et de son œuvre, mais très peu le connaissent vraiment ; c’est ce qui se produit pour nombre de gens célèbres. Ils font tellement partie du paysage qu’on ne se donne pas la peine de les approcher.

   Saint-Augustin, de par son éloignement dans le temps, irrigue discrètement mais profondément nos racines. Victor Hugo, plus proche, est un auteur, un écrivain, un penseur ou bien tout ce qu’on voudra, d’énorme, un monument pharaonique présentant une façade officielle caricaturale, une vulgate constituée de bons sentiments, de générosité, d’exubérance, d’outrances, de lyrisme, de romantisme grotesque au sens de bizarre, de révélations de l’au-delà, de fascination pour l’obscurité et pour la transcendance ainsi que d’un manque, voire d’une absence de pensée, de subtilité, de finesse et d’esprit critique aux yeux des plus acerbes d’entre nous. À propos, Victor Hugo était « stupéfait de la quantité de critique que peut contenir un imbécile ». Cette image d’Épinal prolifique de géant cache en partie sa filiation des Lumières, essentielle et primordiale, sa recherche de l’intelligence, sa compréhension profonde, sa pensée vibrante à chaque instant éclairant chacune de ses dizaines de milliers de pages. Victor Hugo, conçu sur les cimes vosgiennes au sommet du Donon le V floréal de l’an IX comme le précise une stèle indiscrète, pensait par éclairs, par coups de tonnerre, par syncopes et surtout dans le détail : c’est le détail qui l’amusait et non pas l’ensemble, les gros traits qui lui paraissaient évidents et sans grand intérêt comme à toute personne un tant soit peu futée.

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