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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 25 novembre 2017 jour excrémentiel

Denis Vallier

      Aussi longtemps que nous lisons seulement des mots comme l’expression de quelqu’un qui écrit, nous ne lisons pas encore, nous ne lisons pas absolument. Jamais non plus nous ne parviendrons ainsi à avoir vraiment compris quelqu’un. Quand donc avons-nous lu ? Nous avons lu, quand nous faisons partie de ce qui est écrit.

      Je me suis relu… il n’y a pas longtemps, j’affirmais : « il faut lire et relire »… Pourquoi relire ? Parce que c’est toujours un retour sur soi, là où on s’était laissé, et l’on se revoit de dos. Cela autorise le dépassement de soi, mais dans mon cas, j’avance si laborieusement que je suis obligé de me klaxonner. Le gain d’une lecture est proportionnel à ce que le lecteur consent à exposer de lui-même quand il baisse culotte, aux risques qu’il accepte de courir en se rendant ainsi vulnérable et entravé, au moins un peu, aux mots qu’il va recroiser. Tout retour est un enrichissement, nombreuses sont les pistes de lectures qui s’offrent et l’on peut en changer. Pour avoir une chance de s’en sortir, de ne pas se perdre, il faut se jeter dans le texte sans réserve. Dans le texte de l’autre, dans la Toute-puissance différente de l’écrivant.

      On a véritablement lu quand on y voit l’énonciation débordant l’énoncé qui est son reste, invisible dans l’énoncé imprimé, fini, établi, expulsé, lisible.

Page du 25 novembre 2017 jour excrémentiel

      L’écrivain et le lecteur se font l’un l’autre, et se faisant l’un l’autre, ils se déplacent l’un par rapport à l’autre. Ils n’ont pas quelque chose à se communiquer, ils n’ont pas un message à se transmettre. Ils sont la plus part du temps étrangers. Ce qu’ils partagent, l’écrivain et le lecteur, c’est à dire aussi l’un et l’autre en général dans la communauté, c’est la puissance et la passion de se communiquer et aussi, pour ceux qui attendent de l’écriture en ce sens, une signification déterminable et communicable.

      C’est d’autre part, un retour de prédation dans la mesure où, pour le lecteur comme pour les chiens de meute, lire, c’est faire sortir, faire surgir, faire jaillir, pour finalement prélever des fragments évocateurs, des citations significatives, des images révélatrices et ainsi donner foi et adhésion à ce qui est lu car nos échanges tout comme nos relations sont a priori basés sur la confiance.

      Plus tard, dans un second temps, lecture veut dire non pas simplement cette adhésion et cette croyance initiales, mais aussi distance, critique et pesée. Lire est avant tout une liberté, aucun conte n’est absolu.

      Il nous faut donc lire des mots, démolir, et puis tout reconstruire pour y lire des mots-lyres qui s'allient avec ou sans délire. Il nous faudrait, en plus, et ce même en consultant les Pages Jaunes, des mots, lire le beau seul et non le pire, pour y lire sur les lèvres le plaisir qu’il y eut à les écrire, l’amour qui les a réunis et, autant qu’on peut, en sourire…

Nick Wadley - Wordsword

Nick Wadley - Wordsword

      Écrire soit’ mais écrire à qui 

      Hier, une seule personne a lu ma publication sur FB… à qui ai-je bien pu écrire ? Les mots écrits ne vivent que dans l’attente de l’amour d’un maître, ils le saluent… mais, sans vouloir paraître prétentieux, le miroir d’autrui ne m’est pas indispensable : je considère ce que je fais ici comme insignifiant, ou du moins sans grande signification. De plus, je me sais incompréhensible et ça ne va pas en s’arrangeant. Avec les années qui s’accumulent, les jeunes me dérangent de plus en plus au point que j’ai fermé ma porte à tout langage nouveau qu’ils comprendraient. Je me suis claquemuré dans un vocabulaire archaïque. Mais j’ai peur que malgré tout, ils viennent à moi, s’amusent à frapper à ma porte et entrent par effraction par la fenêtre. Pourtant il suffirait que j’ouvre tranquillement ma porte pour, j’en suis sûr, qu’ils entrent très calmement. Mais je n’ose me décider.

Page du 25 novembre 2017 jour excrémentiel

      N’étant pas pas écrivain, je n’ai aucune prétention. Simplement, orgueilleusement, je préfère mes erreurs à celles des autres. C’est en me plantant que je me cultive. Et puis, l’autre, le lecteur, viendra ou ne viendra pas. Je ne sais pas qui c’est. Je sais seulement : il y en a au moins un. Je le souhaiterais aguerri, endurant, généreux et absorbant, capable de lire en prenant le temps de rêver après chaque mot soupesé. Le meilleur lecteur saurait s’imposer des pauses et des silences dans le blanc entre les lettres. Je souhaiterais que ces mots entrent dans ses rêves et lui procurent les songes les plus mémorables mais ils ne le pourront que si le lecteur en rêve. Et ça, nul ne le commande.
Je peux toujours l’attendre et siffler sur ma colline. Si j’ai l’optimisme de la volonté, j’ai dans le même temps le pessimisme de la lucidité : j’estime impossible non seulement de lire en continu ce que j’écris, mais de me lire tout court : je suis trop lourd, trop dense, j’écris trop serré. Il n’y a pas assez de place entre mes mots et mes idées fusent dans tous les sens sans lien évident. Dans le meilleur des cas, c’est de la bouillie, le reste du temps c’est excrémentiel. 
      Pour ne pas expulser violemment cette diarrhée dithyrambique, le meilleur moyen est d’en faire une lecture de chiotte, de celle qu’on laisse et qu’on reprend au hasard du pouce. La générosité du don est nécessaire même sous forme de logorrhée, comme le murmure indistinct d’un temps qui rumine son propre enfermement, ronge sa propre clôture et son ouverture encore inouïe, comme le bruissement intestin des nuits de veille, généreux dons en attentes comme en tremblements... Hé !! Oh !... Non ! Pas sur la tête !

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