Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 21 avril 2018 jour de l'apprenti sorcier

Denis Vallier

      Les grandes découvertes ont demandé certes du temps et de l’observation, mais avant tout un concours de circonstances exceptionnelles et souvent de la «chance». C’est de l’imprévu que sont nées nos plus grandes avancées encore fallait-il, passé l’instant de surprise, ne pas rater le coche, faire des rapprochements judicieux et transformer ce hasard en information. Pourtant les temps sont venus d’échapper à ces aléas profitables : l’homme a maintenant les moyens de prendre sa destinée en main avec l’aide des machines qui effondrent le hasard sous des milliards de tentatives. Quand l’homme vise un panier de basket, il s’applique et lance sa balle avec le plus d’adresse possible, parfois elle rentre, parfois non, cela dépend de son talent ou d’un rebond favorable ou non et puis il recommence. La machine, elle, lance en vrac 10 000 balles d’un coup et comptent celles qui rentrent, ce n’est pas du jeu. En cognant très fort ainsi assisté, l’homme s’emploie dorénavant à maitriser la nature pour s’en libérer et lui donner un sens proprement humain. Bien sûr, il se doute qu’un tsunami ou une éruption volcanique lui rappelleront de temps à autres qui commande ici-bas mais peu importe, il poursuivra obstinément son idée entre ses œillères : se libérer des contraintes que nous impose cette nature primitive et sauvage.

      J’ai l’impression de savoir où est le danger : j’ai des mains libres faites pour saisir mes barreaux car les prisons qu'on choisit aliènent plus sûrement que celles qu'on nous impose. Jusqu’il y a peu, nous avons vécu en symbiose avec nos milieux naturel, ce n’est que ces temps-ci que nous nous sommes mis à dos l’entière «création» en nous efforçant de la réduire à néant. Or, pour ce qui est de l’agriculture par exemple, depuis qu’elles sont sorties de l’eau et ont envahi la planète, les plantes ont collaboré avec les champignons par leurs racines en s’échangeant minéraux et glucides et cette collaboration de sous-ensembles face à l’adversité s’est étendue à de nombreux autres sous-ensembles qui ont « vu » où était leur intérêt commun. Et l’on écrabouille allègrement sous nos engins cette merveilleuse organisation, on fait comme si cela n’avait jamais existé, comme si tout sur cette planète n’était pas soigneusement imbriqué, en liaison étroite, comme si nous étions des électrons libres incapables de prendre conscience de la complexité de la vie et aptes à décider brutalement de ce qui survivra et de ce qui disparaîtra pour toujours. A en croire la vieille légende, l’apprenti sorcier s’en mord toujours ce qui lui reste de doigts et se noie dans son œuvre.

Jaf -The End Is Near

Jaf -The End Is Near

      Croire comme Donald Trump en une croissance infinie dans un monde aux ressources finies est faire preuve d’une stupidité coupable ou d’un cynisme impardonnable. Croire aux miracles, à l’énergie gratuite et infinie, en nous disant qu’il y a toujours une solution, en espérant qu’une fois de plus, nous la trouverons comme nous l’avons toujours trouvée jusque-là, que nous sommes suffisamment malins pour cela, c’est faire preuve d’un optimisme tout autant coupable et d’une naïveté toute autant impardonnable. Il y a des points de non-retour à ne pas franchir : le jour où même les oiseaux de mauvais augures auront disparu nous serons rappelés à l’ordre. Il ne saurait en être autrement, la nature a eu son lot de destructions massives et nous a déjà prouvé par le passé qu’elle rebondit à tous les coups. Elle a tout le temps devant elle, mais pas nous. En tant qu’entité, la nature n’est qu’une vue de l’esprit, ce n’est qu’un ensemble neutre, indifférent et aveugle à qui tout est égal : nous ne saurions être ses meurtriers, nous sommes sinistrement, cyniquement, collectivement, bêtement suicidaires.

Neurones miroirs

Neurones miroirs

      Tout comme Adam et Ève condamnés par une instance supérieure dans la Genèse, nous nous sentons obligés de prendre autorité sur toutes les espèces, créatures, chose et sommés de les appeler par un nom. Sans trop savoir pourquoi, nous prolongeons la malédiction, pour tout et n’importe quoi. Il y a toujours appellation car c’est ainsi depuis la Bible et puis c’est tout. Nous sommes condamnés pour et par la vie à une mise en pensée et à une mise en sens de notre propre espace corporel, de cette réalité avec laquelle nous devrons cohabiter, des objets-buts de nos désirs qui leur assurent de rester, quoi qu’il arrive, les supports privilégiés de nos investissements de toutes sortes. Occupés à tout classer, nous autres, êtres humains, c’est-à-dire carrément le dessus du panier de ce qui se fait de mieux en matière cérébrale, ne prêtons une conscience qu'aux classes du vivant que nous comprenons, en établissant toutefois une hiérarchie bien précise. Tout le monde est prêt à accepter un embryon de conscience aux chiens, aux chats, aux ânes, aux femmes et aux chevaux surtout si ce sont les siens car la proximité de la monte* vous le rend évident… Nous l’accordons donc aux animaux que nous avons le mieux appris à comprendre ou bien à ceux, qui par attachement font le plus d'efforts pour se faire comprendre. Les animaux ont peu recours à la parole cependant ce peu est toujours utile et juste... et une petite vérité vaut mieux que n’importe quel gros mensonge. D'une manière générale, nous mammifères, comprenons mieux, donc accordons plus de conscience aux autres 5000 espèces de mammifères survivantes pour l’instant : nos ancêtres communs ont tenu à leur époque le rôle de petites proies et ça crée des liens. Mais est-ce que toute organisation appartenant au vivant, de la plus simple à la plus perfectionnée, ne possède-t-elle pas une conscience même embryonnaire ? « Ce qui est vrai pour la bactérie est vrai pour l’éléphant » estimait notre Prix Nobel Jacques Monod. Ne sommes-nous pas tous bâtis avec les mêmes matériaux autour des mêmes schémas ? Comment et pourquoi ferions-nous figure d’exception ?

*(Ben quoi Mesdames, arrêtez de taper !… on peut bien rigoler, non ?… Non! Ah bon…. Je ne faisais que reprendre ce vieux toast auto-dérisoire porté jadis dans les corps de garde ou en fin de repas de noces : « Buvons à nos femmes, à nos chevaux et à ceux qui les montent ! ». Si on ne peut plus rigoler des femmes et des cocus maintenant ?!!! Non ? Comment ça non ? Ne me dites pas qu’il ne nous reste que les Belges et les curés. Et si c’est une femme belge ? Non plus… Bon, d’accord… Mesdames, belges ou pas, veuillez m’excuser cette provocation gratuite, je promets de ne pas recommencer, du moins tout de suite, de ne plus perpétuer cet esprit machiste archaïque qui, par des plaisanteries de mauvais goût, démontre une vision des rapports homme-femme d’un autre temps.)

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commentaires