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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 22 avril 2018 jour illuminé

Denis Vallier

      Le Soleil est colossal, mais au final bien plus simple qu’une paramécie, celle-ci a forcément bien plus de chances d’être consciente que ce géant chaleureux. En fonction de ces milliards de milliards de consciences plus ou moins éveillées, au sein du monde animal, végétal et celui de l’entre-deux, est-ce qu’il n’émanerait pas de la totalité du vivant une sorte de Conscience Collective comme dans les termitières ou les ruches ? Une sorte de Gaïa de notre mythologie ? Il me plairait bien de savoir si un arbre inscrit toujours la même idée dans chacune de ses feuilles comme je le fais ici tous les matins, s’il la laisse tomber à l’automne sur un coup de tête ou une bourrasque, s’il se concentre ensuite tout l’hiver sur ses racines pour juste resiffloter son idée au printemps avant de la déclamer joyeusement haut et fort à nouveau en été à ceux qui l’aiment. Aux oiseaux ? Aux nuages ? A la pluie ? Les animistes l’affirment, ils en sont convaincus… des illuminés sans doute… Un peu comme tous ces gens qui vont se ressourcer en forêt en embrassant des arbres à plein bras pour puiser une part de leur « énergie ».

      Ceci dit, depuis l’invention du télégraphe Chappe, ce que l’on observe, c’est que la planète semble posséder une véritable rage à se construire un système nerveux tout neuf. Nous en sommes les besogneux artisans. En 1970, les plus intelligents d’entre nous imaginaient que l’internet existerait peut-être un jour, mais pas avant un bon siècle en tout cas et sûrement pas en 25 ans. Et l’on voit ce système s’amplifier, se complexifier un peu plus chaque jour jusqu’à envahir nos espaces les plus intimes de manière exponentielle… Jusqu’où ira-t-il ? En ferons-nous encore partie ? La terre numérisée prendra-t-elle conscience sous nos yeux ?

 

Page du 22 avril 2018 jour illuminé

      Je ressens en permanence que je m'objective mais également qu’il y a discordance des temps. Objet et objectif, herbes hautes et feux de brousse, nécessairement, un jour.

      Quand je me dis « Oh quel pin parasol majestueux ! » ou bien « Quel chêne gigantesque ! » en voyant un arbre il me semble être naturel d'énoncer mentalement le savoir que j’ai au sujet de cette perception que j’associe à cet arbre. Et je fais cela du matin au soir : ce train est particulièrement long, cette voiture a belle allure, cette chevelure est magnifique, ma sœur a toujours mal aux pieds etc… Du matin au soir je me commente, je me parle, j’étiquette, la machine tourne à fond. À quoi sert cette singulière dépense d'énergie mentale circulaire apparemment stérile?

      Pour tenter de traverser la question je dois me demander pourquoi je fais cela ? Pas d’après une théorie captée en lisant Freud, Krishnamurti ou Karl Marx, mais selon moi, en direct, pourquoi ? Répondre sans penser, juste en regardant, pourquoi ? Je vois alors qu’un passé en cache toujours un autre, une pensée une autre. Je suis bulle de savon, je suis le vent dans les branches qui souffle en rafales mais je suis aussi le temps, la mémoire qui se déplie, l'histoire qui se regarde... Je suis tant et tant, je suis… bien embêté. Tout se passe en moi et pourtant je suis incapable de répondre. Je connais superficiellement Hegel, j’ai lu au total des milliers de livres, en particulier dernièrement le didactique « Parlez-vous cerveau ? » de Lionel Naccache mais je suis toujours autant incapable de rendre compte des processus qui se déroulent en moi tout comme je ne sais pas plus tout ce qui se passe quand j'appelle quelqu'un au téléphone : je lui parle mais j’ignore tous les circuits électroniques à travers lesquels passe notre conversation…

Page du 22 avril 2018 jour illuminé

      J’essaye toujours de ranger dans mon esprit tout ce qui m’arrive, quitte à faire preuve de beaucoup de créativité, de manière à ce que tout cela acquière un sens quelconque même illusoire. Et je n'y arrive pas toujours... Est-ce une calamité ? On bien une opportunité ? Et si parfois j’en suis capable, c'est qu'encore une fois, je protège la continuité « moi » à laquelle nous tenons tant. Je sais bien, au fond de moi, sans me l'avouer expressément, que le terrain, de ce côté-là, est miné. Quand tu crois voir le fond tu vois que le fond est sans fond, que c’est sans doute une illusion de plus ! L’important n'est que ce que l'on croit voir derrière ce qu'on a cru, ce que l’on s’imagine discerner derrière l'illusion qui nous sert de réalité, laquelle d'ailleurs s'en bat l'œil avec un cubitus de gastéropode. Je me crois un être humain, cet être tissé de langage, et j’ai affaire en permanence à une dysharmonie fondamentale. L’homosapiens du 21ème siècle est foncièrement décalé, déconnecté du réel, en disharmonie avec la nature et, bien sûr, sa nature et tous les gourous qui prétendent le réaccorder sont des menteurs, des escrocs ou des illuminés.

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