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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 26 avril 2018 jour de doute sur la science

Denis Vallier

      « Je pense que »… sont trois mots que nous répétons à longueur de conversations comme si cela était d’une grande banalité. C’est prodigieux quand on y pense. Qu’est-ce que penser sinon mettre en relation des objets qui peuplent une mémoire pour construire un assemblage nouveau et en général projeté vers un bénéfice. Nous ne cessons de créer encore et encore sans nous en rendre compte mais aucun doute, ce n’est que le produit de notre viande, de notre corps ; c’est l’extraordinaire complexification de l’organisation de notre matière qui produit nos pensées plus ou moins subtiles. En apparence, c’est scientifiquement observable, mesurable. Penser se traduit pour nos IRM par une consommation de glucose couplée à une forte activité électrochimique enregistrables par nos bons vieux encéphalogrammes. Grâce à des progrès remarquables dans ces moyens d’explorations il nous semble proche le moment où cette activité quasi miraculeuse à l’échelle de l’univers pourra totalement être traduite en nombres secs et précis. Mais, si tout ce qui concerne les objets peut être juste, quantifiable, par contre, tout ce qui concerne les sujets (donc la métaphysique, le psychisme et également l'intelligence artificielle) est construit sur un système basique temporel établi à partir d'étalons erronés… « Il y a un mythe du savoir scientifique qui attend de la simple notation des faits, non seulement la science des choses du monde, mais encore la science de cette science » souligne Merleau-Ponty. « La science de cette science », c’est bien plus ambitieux que l’épistémologie, cela débouche sur l’étude de notre conscience en tant qu’objet.

      Comme en toutes choses, il y aura forcément des limites même si elles nous échappent encore. Ha! Pour ce qui est de fabriquer des objets, la science sait presque tout faire, mais dès qu'elle tente de décrire un sujet elle devient totalement aveugle et manchote, elle braille en vain. La Science, souhaitant ramener des sujets à de simples objets, est encore, pour tout ce qui concerne ces sujets, donc pour nous tous, une formidable utopie. Il y a dans l’air du temps l'idée que, dans n’importe quel domaine, lorsque nous disposerons de suffisamment de données, les grands nombres parleront d'eux-mêmes et les corrélations qu'ils dévoileront remplaceront les relations de causalité que manifestent les lois théoriques. La science changerait alors de visage puisqu'elle pourrait se développer sans avoir besoin d’énoncer d'hypothèses, et sans plus s'appuyer sur des théories explicites. Si aux échecs ou au jeu de go, le silicium écrase dorénavant le neurone, est-ce une raison suffisante pour confier à des machines, gavées de données mais dépourvues de la moindre empathie, l'activité scientifique de demain ?

Page du 26 avril 2018 jour de doute sur la science

      Un sujet ne sera jamais totalement réductible à une somme d’objets car une équipe est toujours plus que la somme de ses joueurs et heureusement pour nous ! La Science n’expliquera jamais rien dans ce domaine tant qu’elle se contentera de décrire la réalité toute crue telle qu’elle est dans l’instant : il manquera sa dynamique. La réalité n’est pas cette chose toute faite, attendant de l’autre côté de l’esprit qu’on veuille bien la voir telle qu’elle est : elle est au contraire en train de se faire sans fin car nous y participons sans cesse. La réalité se produit dans le travail de révision et de transformation caractéristiques des versions scientifiques. Il n’y a pas à choisir entre d’un côté l’idée que la réalité existe indépendamment des humains et que les sciences seules nous y donnent accès, et de l’autre, l’idée que les hommes ne font que projeter des images du monde : de toute façon, penser est un acte qui n’a jamais révéler le moindre secret du monde car un secret en cache toujours un autre, il se contente de nous laisser entendre que nous sommes toujours vivants.

Page du 26 avril 2018 jour de doute sur la science

      Pourquoi les informaticiens n'arrivent-ils pas à fournir à un ordinateur un référentiel capable de peser les différences de qualitativité des concepts et encore moins des images mentales clairement identifiables ? Parce qu'en suivant les conseils des physiciens ils réduisent le psychisme, qui est de la métaphysique, à une manipulation de simples objets physiques comme le font les bébés avec leurs cubes. La science est incapable de traiter scientifiquement quoique ce soit quoi soit qui vibre au-delà de la frontière de la physique. Or le mental, ce n'est plus de la physique ! Si la science a bien quelques idées de la localisation de nombreuses fonctions et connaît de mieux en mieux les rôles des différentes régions du cerveau, elle ignore tout du fonctionnement direct du mental malgré ses capteurs, ses ordinateurs et ses écrans. Comment un ensemble de neurones produit-il des idées comme celle-ci demeure un mystère irrésolu. Je dénie aux neurosciences la faculté de définir un système politique, une éthique, une morale, une religion, une utopie alors qu’un grand nombre d’entre nous pourrait le faire pertinemment accoudés à un bar. Le scientisme dénature la science en la surestimant : les sciences cognitives qui regroupent sous un même toit la Philosophie, la Linguistique, la Psychologie, l’Anthropologie, les Neurosciences et l’Intelligence artificielle, associées aux métadonnées accumulées par le Big data devraient se voir interdites de participer à déterminer les fins humaines. L’humanité n’y a aucun intérêt car sinon le « Meilleur des Mondes » ne serait pas bien loin.

(PS : « dénature la science »… pff ! J’écris d’ces trucs…)

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