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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 27 avril 2018 jour tout en images

Denis Vallier

      Des idées, on en a sans cesse, juste ce qu’il faut pour certains, beaucoup trop pour d’autres. D’où m’est venu celle d’apparier systématiquement une image à mes sécrétions cérébrales dans ce cahier ? Elle provient peut-être de la nostalgie des livres illustrés de mon école primaire ou de celle des magnifiques gravures de Gustave Doré qui bonifiaient les Fables de La Fontaine, les contes de Perrault ou les œuvres de Rabelais, de Dante et de Cervantès ? Pendant des siècles, l’image a représenté une inépuisable source de découvertes alors que de nos jours, elle s’impose de partout comme moyen de communication dans un monde de plus en plus illettré : elle suffit d’ailleurs largement à de nombreux visiteurs de cette page qui ne parviennent jamais jusqu’à ces lignes, mais là, je les comprends.

Le Corbeau et le Renard par Gustave Doré

Le Corbeau et le Renard par Gustave Doré

      Vous aurez peut-être remarqué que j’alterne plusieurs sortes d’images : de simples photos, des photos bricolées, des gravures, des dessins, des peintures… Si la photo est un produit brut que l’on peut éventuellement travailler, par contre tout ce qui est dessiné, c’est de l’imagination pure traduite par une main comme au temps où les humains parlaient encore aux humains le soir à la veillée. Avant de devenir omniprésente, aliénante et tyrannique comme à l’heure actuelle, l’image a très longtemps été considérée distrayante et savoureuse, on s’en délectait comme on jouit les yeux au ciel d’une fraise bien mûre, comme on déguste par le détail une des dix milles gravures de Gustave Doré. Quand il fit son exposition à Londres, les pasteurs invitèrent leurs ouailles à aller après l’office visiter sa galerie où l’on pouvait admirer la Bible illustrée par ses soins et continuer ainsi à prier… C’est dire… À l’époque de Gustave Doré, la photographie, qui remplace notre œil par un objectif, venait d’être inventée mais il fallait encore la main de l’homme et tout ce qu’il faut pour l’animer pour transmettre une représentation. Et malgré tout, Gustave Doré qui voyait loin et grand, homme de tous les excès que ses confrères caricaturaient non sans malice avec une très grosse tête, faisait déjà photographier les planches de bois qu’il avait fait graver comme s’il envisageait la suprématie du progrès sur la tradition pour assurer la pérennité de son œuvre pourtant bien solide.

      Le travail de dessiner sur du bois pour ensuite passer la main à des graveurs qui traduisent à l’aide de petits traits, de petites encoches en négatif qui vont se remplir plus ou moins d’encre comme des petits grains d’argent touchés plus ou moins par la lumière, demande pour le moins un regard de photographe et une main agile. C’était un précurseur en matière de traitement de la lumière mais cet insatisfait eut beau accumuler les succès marchands autant que mondains, il n’eut jamais le sentiment d’être reconnu à sa véritable valeur qu’il estimait supérieure à toute reconnaissance accordée par ses misérables contemporains… C’est dire la très haute estime qu’il avait de lui, mais il n’avait pas tort : il est passé à la postérité et son œuvre est immortelle. Par la suite de nombreux cinéastes parmi les plus fameux de l’époque du noir et blanc se sont directement inspirés de ses images et certaines de ses planches sont de nos jours encore des chefs-d’œuvre tenant du rêve sinon du cauchemar que n’ont pas dépassés les plus célèbres de nos surréalistes. Je me dois de le remercier encore et encore, lui, mais aussi tous ces illustrateurs du passé débordant d’imagination un peu moins connus, les Riou, Férat, Benett, Roux, Morin, de Bar, Foulquier, etc…auxquels j’associerai des maîtres comme Dürer et Jérôme Bosch pour les longues rêveries, les merveilleux voyages immobiles, les joyeuses surprises des détails qui pimentent leurs illustrations. Ils ont émerveillé, ébloui, fasciné mon regard d’enfant et cela ne peut s’oublier.

 

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