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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 28 avril 2018 jour d'arrêt sur image

Denis Vallier

      En dehors du mode de vie des babas cool éleveurs de chèvres, de certaines tribus amazoniennes ou de zadistes en rupture de bans, notre environnement se fait de plus en plus hors sol, artificiel, virtuel et fallacieux. Il faut reconnaître à ces apparents hurluberlus un rôle de sentinelles dans un monde qui nous échappe et cette fonction de gratte-cul ne mérite pas tout ce mépris dont on les accable volontiers. Ils sont d’ailleurs bien plus nombreux qu’on se l’imagine car des mouvements alternatifs se développent un peu partout sans faire de bruit et en petits comités ; la résistance au changement est un volant d’inertie, un antidote naturel plutôt sain face à l’aventurisme ultralibéral conquérant : elle est nécessaire à l’équilibre de nos sociétés. Rares sont ceux qui, à un moment où l’autre, n’éprouvent pas intérieurement un sentiment de dépossession, ne partagent pas l’idée que leur vie ne leur appartient plus, même s’ils ne se l’avouent pas toujours. L’optimisme peut être coupable quand on ne veut rien voir; quand ils sont entre eux, nos amis juifs reprennent volontiers le point de vue de Billy Wilder : « Les pessimistes ont fini à Hollywood, et les optimistes à Auschwitz … ».

      Un peu d’ouverture d’esprit et une piqure de rappel dans nos vies normées, standardisées, ne peuvent pas faire de mal car on s’encroûte, on se ment aisément et la vérité, elle, ne peut qu’être toujours fraiche, neuve, instantanée. Je ne parle pas de la microscopique vérité mathématique qui ne revient qu’à redire les axiomes qui la fonde, mais de la vérité profonde intérieure et extérieure de l'instant. Elle est imprédictible et infiniment farouche. Si vous la recherchez, si vous cheminez vers elle, vous la niez. C’est que tout ce que l’on recherche est déjà existentiellement obsolète. Tout bouge à toute vitesse autour de nous et nous sommes plongés dans le mouvement, entraînés par le courant ; nous sommes vivants, or la conscience ne peut pas se regarder vivre en temps réel, elle ne peut être à la fois à la fenêtre et dans la rue. Avec le temps, l’habitude, le confort, on finit par s’abandonner soi-même en chemin comme on attache lâchement son chien à un arbre au bord d’une route des vacances. La pensée ne sait que nous aider à résoudre nos difficultés matérielles, nos problèmes techniques, elle a été faite pour ça : elle tue le vivant pour manger en se l'appropriant. Elle sait dire spontanément : ça c’est vivant, ça se mange. Le vivant est ce qui possède un métabolisme, c’est un projet, c'est à dire non pas une volonté vers un objectif mais un échafaudage sans fin où tout se tient. Il ne faut jamais oublier que c’est aussi, par définition en creux, ce qui peut mourir.

Page du 28 avril 2018 jour d'arrêt sur image

      Bien sûr, tout ce que j’affirme dans ces lignes, comme de manière générale, n’a rien d’une vérité scientifique, ce n’est qu’un ressenti de béotien, un arrêt sur image dans ma petite vie qui est, elle aussi, mouvement, malgré quelques ralentissements. Cet instantané est forcément flou, d’autant plus que changer de lunettes ne me serait pas un luxe...

      Il y a de belle personne sur cette planète. Par exemple, j’apprécie et estime Aurélien Barrau, cet astrophysicien et cosmologiste abondamment chevelu qui va de conférences en conférences et qui communique par YouTube interposé. Il maintient l’équilibre entre l’esprit scientifique, la philosophie et l’expression artistique. Il s’émerveille avec des yeux d’enfant de l’existence, de la vie et de l’univers et possède le talent des conteurs. Il se plait à mettre en avant l’objectivité de la Science et l’humilité qu’elle nécessite par rapport aux autres approches de la réalité. Tout en la défendant avec brio, il lui reconnaît lucidement des limites. Sans posséder ni son intelligence, ni sa pratique, je le rejoins sur ce thème : à ce que j’en observe à distance, la science a trop souvent le tort de confondre source primitive et traces secondaires induites et c’est particulièrement le cas pour ce qui est de l’Intelligence artificielle quand elle se met en tête d’apprendre aux ordinateurs, à des objets donc, à faire de la métaphysique ! En imaginant donner une conscience à des boites de conserve, elle confond la speakerine du studio de télévision avec son image parvenue sur nos écrans. Ce serait à mourir de rire, si ce n'était vraiment dramatique. Bien sûr que nos petits robots informatisés font woua-woua en évitant les obstacles mais, pour l’instant, ils n'utilisent que la mémoire de l'intelligence de leurs concepteurs ; il n'y a rien de plus stupide, en soi, qu'un robot. C’est et cela restera encore longtemps un objet totalement incapable de pouvoir générer un quelque mode cognitif propre en l’état actuel de nos connaissances.

Page du 28 avril 2018 jour d'arrêt sur image

      Celui qui donne la vie doit avoir une vie et la nôtre n’en est encore qu’à ses balbutiements. Toutefois, prudemment, je ne présage pas de l’avenir, l’évolution est si rapide de nos jours… Il y a quelques temps, nous avions des nageoires et maintenant on a des mains, j’ai du mal à imaginer ce qu’on aura ensuite… Quant aux robots, il conviendra de s’en inquiéter quand deux machines identiques auront des comportements différents dans la même situation. Sera venu alors le temps où les machines qui commenceront à penser s'affranchiront de vouloir nous ressembler et ne serons plus condamnées à choisir entre le pire et le meilleur. Que répondra alors à la question « pourquoi y a-t-il des robots plutôt que rien ?? » le Grand Logiciel Virtuel qui fera de ces robots le nouvel infaillible décideur dans l'univers ?

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