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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 30 avril 2018 jour à tourner en rond

Denis Vallier

      La rationalité est particulièrement utile et rassurante mais profondément barbante à la longue… Elle analyse, séquence, trie, mesure, compte, découpe, alors que dans ma vie de tous les jours, par exemple, il n’y a pas d’un côté la nature et de l’autre le social, tout s’interpénètre intimement. Il y a des limites à tout découper en tranches fines, on ne vit pas dans un monde de particules élémentaires. Heureusement, car le clavier sur lequel je claviotte à deux doigts pourrait se trouver dans deux endroits distants à la fois ; est-ce que mes doigts suivraient ? J’ai plaisir à réfléchir, pas à me réfléchir ; pour ça, j’ai besoin de câlins, pas d’analyses sanguines. Quand j’embrasse ma petite femme, je n’embrasse pas des tissus cellulaires mais des lèvres tendres. Être un boson ne signifie pas la même chose qu’être un clavier, qui est différent d’être une plume et encore plus d’être un oiseau. Il n’est pas vrai qu’hors la science, tout est n’importe quoi.

      Si le soleil se lève chaque matin, dites-vous bien que c'est uniquement un coup de chance, un gros hasard, et le fait que ça se passe comme ça tous les jours est juste un cas de probabilités extraordinairement rare, mais possible et même probable sur une durée de quatorze milliards d’années, puisqu’on le constate sans étonnement particulier à notre réveil. Et nous, pauvres idiots que l'on est, on croit sur une durée de temps ridicule par rapport à ce quasi infini en cours pouvoir en découler des règles, des lois. De même, Gregor, le héros métamorphosé de Kafka, se réveille sans s’étonner outre mesure dans le corps d’un cloporte de la taille d’un homme. Ses premières préoccupations sont du domaine d’un quotidien routinier : pas très pratique toutes ses pattes, comment m’habiller, je vais être en retard à mon travail, laissez-moi cinq minutes… Nous sommes aussi monstrueux que lui.

Page du 30 avril 2018 jour à tourner en rond

      Mais un beau matin, il n’y aura pas de lendemain. Si ça se trouve dans une seconde tout va péter, la gravité va s'inverser, le soleil va cracher des licornes et j'apprécierai le rap. Ce que je veux dire, c'est que tout notre prétendu savoir s'appuie sur des observations et des raisonnements, alors que nos sens (pour l'observation) et notre (a priori absolument axiomatique) logique sont à tous les coups viciés, sans qu'on le sache, tellement nous sommes habitués à les utiliser comme ça. Descartes avait senti l’affaire avec son cogito ergo sum, en remettant un max de trucs en question, mais dès le moment où il sort sa phrase à deux kopecks, il fait appel à la logique. C’est une implication. Sur le radeau du cogito, sous l'azur immaculé de la raison pure, on erre sur le grand océan du doute, sans aucun espoir de toucher terre. On se contente de marcher sur l'eau, ici et là, de par notre confiance spontanée dans nos perceptions, et de par notre foi rationnelle dans les sciences, sans jamais être assurés de ne pas être des noyés qui rêvent. «Malheur à vous qui êtes sages à vos propres yeux !» (Isaïe… comme quoi la Bible sait aussi vous encourager à un brin de folie…).

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