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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 8 avril 2018 jour de fuite dans les idées.

Denis Vallier
Page du 8 avril 2018 jour de fuite dans les idées.

      Même quand on ne pense à rien, que d’idées fugitives en nous qui nous enchantent ou nous pourrissent la vie… En ésotérisme, on parle de possession de l'âme, or c'est précisément ce qui se produit au niveau de l'imagé, du psychologique, on se sent autant possédé par un « être » venu des profondeurs que soi-même Car une idée, qui finalement, n’est qu’un tissu de mot, prend contrôle de tout ce système incroyablement animal, humain, physique, qu'est celui de la survie de soi. Et soi devient très vite l'idée, une idée défendue, un alien, un Pokémon, un méchant gremelin, une bestiole agressive, hautaine, méprisante, aux propriétés invraisemblables vivant en harmonie avec l’humain, qui plonge tête première dans cette mer de mots. Elle vous accorde le droit au bonheur certes mais ce bonheur est infâme... : ce bonheur ne peut passer que par un accord avec mon milieu et si dans ce milieu je ne croise que des gogols, alors je dois devenir le plus gogol d’entre eux… L’idée, la réalité exclusive en quelque sorte, devient une machine de guerre. Le maquis des mots est une guérilla incessante entourée d'une méfiance sans fin. Ce que vous aimez intimement se transforme vite en ce qui vous fait souffrir, en ce que vous avez à perdre quand on meurt, à défendre contre toute intrusion, comme si cela était votre vie : c'est "Vous".

      À partir de ce dialogue interne préoccupant qui nous occupe sans fin on peut analyser tous les niveaux de conscience depuis la conscience de soi primitive et globale, la conscience plus claire qui distingue ce qui jusqu'alors était automatiquement ou implicitement vécu, l'introspection, la conscience d'objet ou intentionnalité, la conscience morale, la conscience collective, l'inconscient, le préconscient, le conscient et l'inconscient collectif etc... ça en fait de la conscience… de quoi vous occuper toute une vie. Et quand on l’observe d’un peu plus près, on s’aperçoit que le système conscient quel qu’il soit, petit ou grand, sait traiter non pas une logique floue, mais des ensembles flous, non délimités, avec des approximations et des paris, car si la conscience voulait faire des excès de zèle dans la rigueur on l'appellerait un ordinateur. Et tout cela débouche sur l'intuition, la créativité mais aussi la folie… n’est-ce pas ?

Fuite dans les idées

Fuite dans les idées

      J’ai de la suite dans les idées mais bien plus de fuites encore, alors, têtu, je m’entête, m’acharne, creuse…Que se passe-t-il dans nos têtes ? Obstinée, la conscience s’examine, et depuis nos origines, tous les Messieurs Jourdain du monde, philosophes sans le savoir ni la connaissance, l’ont fait bien avant d’inventer toute religion. Est-ce que c'est bien moi, qui ait conscience ? Ou bien y-a-t-il conscience d'un autre qui se prendrait pour soi-même ?... ou bien encore, conscience y-a-t-il, d'un genesékoi qui-se-prend-pour-soi-même, ayant conscience de son acte comme kankonrève ? Il faudrait inventer des mots pour cet effort car ceux que l’on connaît sont trop faibles et impuissants pour définir leur source, ne pouvant être au four et au moulin, à la fenêtre et dans la rue pour reprendre la réflexion d’Auguste Comte ou le vieux proverbe bouddhiste « un couteau ne peut se couper lui-même ». Nos sensations de conscience sont-elles nées des mots ou ont-elles fait naître les mots? Incapables de répondre, on se console dans les mots comme d'autres s’inventent Dieu pour ne plus rien avoir ni à penser ni à dire. Dire que je passe mes nuits et mes solitudes à essayer d’apprivoiser les mots pour m’éclaircir les idées et que l'autre les caresse et me comprenne car moi, je n’y parviens pas. Quelle idée bizarre…

      En moi, existe quelque chose, incapable de synthèse, qui doit, pour durer, pouvoir tout penser. Cette chose s'alimente de ma pensée, cette chose se sent exister en se regardant penser. C’est une étrange faculté de se séparer du monde pour le comprendre et de soi-même pour s’apprécier. Le corps parle avant tout le reste, il est en première ligne. Puis, un beau jour, la conscience balbutie et on a un moi. Alors, dans l'étonnement nourrissant la frayeur venue du fond des âges, avec une curiosité mêlée d'audace, sous des peurs tissées de folie, commence le long bégaiement de la conscience, de par quoi il se fait qu'il y a les choses et nous.

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