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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 9 avril 2018 jour en petits morceaux

Denis Vallier

      Dans ce monde de plus en plus mécanisé, hyper numérisé, surveillé, contrôlé où la masse d’informations et les causes de stress ne font qu’augmenter, les méthodes de relaxation, le yoga, la méditation sont de plus en plus pratiqués et cela ne doit rien au hasard : la résistance s’organise. Et dès que l’on s’échappe à la pression, que l’on réussit à lâcher prise, que l’on se plonge dans nos profondeurs, ce qui surnage en surface, c’est aussi un sentiment de dépossession mais celui-ci fait grand bien. En s’abandonnant à sa nature profonde, on renoue le fil rompu par notre vie de grands malades. En dehors de ces états particuliers, l'esprit n'est capable que de volition, de formaliser des choix, de projection d'un état plus satisfaisant que l’actuel et il le fait en piochant dans le stock d'images et de représentations qui sont stockées dans la mémoire et c’est déjà considérable. Comme les scientifiques perçoivent le monde à travers leurs théories, leurs lois et leurs expériences les autres perçoivent le monde à travers d’autres systèmes de représentation, à dimension par exemple, artistique, esthétique ou affective. Autant ces deux modes ne s'excluent pas, autant ils sont passionnants et riches tous deux.

 

Regard

Regard

      Nos systèmes de représentation sont donc multiples et plus ou moins compatibles. Par exemple, tandis que les hommes entre-eux, sans jamais parler d’eux-mêmes, vont discutailler entre deux bières de sport, bagnoles, politique, ce qui actuellement constituent leurs centres d’intérêts favoris, j’ai relevé que dans nombres de conversations entre amies, les femmes parlent d’elles, elles se confient d’avantage leur vécu et que, bien souvent, pour chaque occasion, pour chaque rencontre, situation, état d'âme, émotion, sentiment, ces dames en font référence à tel roman, tel film, tel personnage. Elles ont cette faculté de mémoriser un nombre impressionnant de ces images chargées d'affects, les noms propres, les titres des œuvres. Je me suis demandé alors si tout ne se passe pas chez elles comme si elles ne vivaient leur propre réalité qu'à travers cette imagerie, imagerie riche et féconde, nourrissant leur imaginaire. Mesdames, suis-je sexiste pour autant ? Je trouve cette faculté magnifique, comment cela s'entraîne-t-il ? Est-ce leur psyché, leur sensibilité, qui ont besoin de se nourrir ainsi, puis, ont-elles ensuite cette envie de vivre elles-mêmes ces scènes, ces situations ? Ou bien établissent-elles sans cesse le lien entre ce qu'elles vivent et ce royaume culturel, sans intention particulière ? Est-ce acquis ou inné ? Ces dames sont-elles le ciment de toute culture ? Ou bien avec mes œillères et mes a priori masculins ancestraux, suis-je en train de me faire des idées. Si je leur posais directement la question, j’imagine qu’elles afficheraient un semi-sourire à la Joconde.

Page du 9 avril 2018 jour en petits morceaux

      Malgré des apparences trompeuses relayées par les médias, l’humanité progresse. Vers où ? Çaaaa…Droit dans le mur ou vers des horizons illimités ? Bien placé pour en parler, Albert Einstein nous conseillait sur le moyen de locomotion : « Le monde que nous avons créé est un processus de notre pensée. Il ne peut être modifié sans changer notre façon de penser. ». Le « progrès » avance sur ces deux jambes : l’insatisfaction et l’économie d’effort. Du coup la pensée se trouve être un mécanisme dédié au « mieux » et parfois à l’impossible. C'est invariable, mécanique. C'est un mécanisme dédié à la survie de corps et du penseur. Penser, c'est invariablement essayer de faire durer quelque chose jugé utile à soi sauf quand tout se dérègle. C'est toujours une volition, un désir, une intention, la pensée ne peut donc que faire durer le penseur. Et le penseur s'institue toujours entre soi et soi. Et cette division est justement ce qui doit s'arrêter car il y a bien plus à vivre qu’à simplement survivre.

      C’est toujours la pensée qui se mord la queue. Il est difficile d’imaginer à quel point le fait de tout penser, de tout nommer, de tout analyser, de tout ramener au connu, bref, ce besoin permanent que nous éprouvons tous de faire travailler constamment notre intellect nous permet de maintenir la continuité de la personne que nous avons admis être mais nous éloigne dans le même mouvement de la réalité profonde de notre être et des choses.

      Quelle sale manie moderne que de toujours vouloir tout couper en rondelles, comme si on était incapable de manier plus d'un tout petit morceau de réalité à la fois. Nous sommes atteint par cette maladie de vouloir tout disséquer, mentaliser, théoriser, par cette gangrène d'un mental qui s'insinue partout, avec sa grosse bedaine, son arrogance et les catastrophes psychologiques qu'il amène. C’est le mode d'appréhension privilégié d'une société qui a perdu ses profondeurs, son humanité, de vue. Nous sommes une collection de presque fous ravagés, de savants perdus dans leur logique absurde à vouloir objectiver la subjectivité et d’idiots incapables d’aligner trois mots… Choisissez ou bien trouvez autre chose, une autre manière d'être...

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