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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 11 mai 2018 jour symbolique

Denis Vallier

      La séparation est une double peine : la sienne propre et celle que nous imaginons aux absents. Quand elle est de longue durée ou définitive nous comblons l’absence par des symboles ; nous prenons un peu de terre de notre pays, on coupe une mèche de cheveux. La cassure, la brisure, la déchirure sont inhérentes à tout symbole puisque au départ, c’était un tesson de poterie que l’on brisait en deux avant de se partager les morceaux. À l’origine, le symbole était porteur d’espoir, celui des retrouvailles ; c’est étymologiquement un signe de reconnaissance et donc un moyen de communiquer par-dessus le temps et l’espace. Deux personnes en gardent chacune une partie, le vendeur et l’acheteur par exemple, deux êtres qui vont se séparer longtemps. En rapprochant les deux parties, ils reconnaitront sans coup férir, bien plus tard, leurs liens d’hospitalité, leurs dettes, leur amitié. Les intervenants sont même susceptibles de changer sans remettre en cause le lien initial. Le symbole à la fois sépare et met ensemble. Il comporte toujours ces deux idées de séparation et de réunion : il évoque une communauté qui a été divisée et qui peut se reformer. Le sens du symbole se découvre dans ce qui est à la fois brisure et lien de ses termes séparés. Dans notre blogosphère de communication instantanée, permanente, sans plus aucune rupture, quelle sera encore la valeur d’un symbole ? Perdra-t-il tout usage ? Que deviendra le plaisir des retrouvailles si l’on ne se quitte plus vraiment ?

      Entre autres trophées, je conserve précieusement des médailles de mon champion de ski de grand-père. De temps à autres, je le retrouve par-dessus les décennies en sortant ses médailles de leurs boîtiers, en les prenant en main, en les soupesant. Elles sont lourdes dans ma main et ce n’est pas seulement à cause de leur poids. Une médaille peut être vue comme un simple morceau de ferraille au bout d’un ruban ridicule passé au cou d’un sportif transpirant aux yeux rougis par l’effort mais ce n’est pas que cela. Malgré ce fréquent a priori négatif, elle imposera un respect sincère si cette breloque est olympique ou de niveau mondial : même les plus antisportifs d’entre nous ont bien conscience de la somme d’efforts et de talents exceptionnels qu’elle représente dans nos esprits : ce n’est pas donné à tout le monde. Plus ce respect est profond, plus on en voudra aux tricheurs qui se dopent pour l’obtenir, qui la souillent en détruisant la représentation pure et idéale que nous avons élaborée.

Page du 11 mai 2018 jour symbolique

      Voyez notre réaction si on brûle et piétine notre drapeau… Un symbole peut certes paraître parfois ridicule, les exemples sont nombreux, mais malgré tout, il vaut mieux y regarder à deux fois avant d’y toucher : il a toujours de la valeur pour quelqu’un et si la personne est respectable, cela mérite tout autant le respect. Pour les autres, faites ce que bon vous semble… c’est ce qu’ont fait depuis des temps immémoriaux tous les brutes sauvages et autres conquérants qui ont pillé, saccagé et détruit tout ce qui peut avoir une valeur symbolique aux yeux de leurs ennemis ou des peuples à asservir… Pour briser un peuple, il faut mettre à terre les symboles qui l’unissent. Il s’agit de substituer ses propres symboles à ceux des autres : on plante son drapeau et on le cache en prenant un selfie. Partout où nous sommes allé conquérir, nos églises ont toujours été construites sur les lieux de culte des vaincus. Que de gâchis et cela ne s’arrêtera pas de sitôt…

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