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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 19 mai 2018 jour de perpétuité

Denis Vallier

      Le soleil de Californie est généreux, il échauffe les corps et libère les imaginations… C’est peut-être la région du monde la plus dynamique et la plus novatrice. On y cultive le culte du corps et la marijuana ; là-bas, le vent du large venu de loin ouvre des esprits libres et amicaux. Les utopies de toutes sortes y trouvent un terreau fertile et les transhumanistes en bénéficient sans retenue. Leur idée très à gauche est que, si on a inventé l’Etat providence pour gommer les inégalités sociales, il faut aller bien plus loin. Dans cette idée, l’étape suivante consistera donc à gommer les effets de la loterie génétique aveugle et amorale par une correction volontaire.  C’est déjà plus qu’ambitieux mais ils poussent toujours plus loin : tant qu’on restera dépendant d’un corps, aussi merveilleux, bronzé et performant soit-il, il finira toujours par mourir comme le service à thé de leur grand-tante, quelqu’un finira toujours par faire tomber la tasse. L’idée est à terme que l’humanité survive dans la machine et donc de fabriquer une intelligence artificielle si puissante qu’elle aurait conscience de soi, qu’elle éprouverait des émotions tout comme nous mais en étant réellement immortelle…

      Imaginez le drame : un être doué de toute la sensibilité humaine et qui ne peut pas vivre, ni mourir, ni aimer et qui souffre pourtant comme s’il vivait, aimait et se trouvait toujours sur le point de mourir sans que cela ne puisse se produire, un être infiniment déshérité dans les solitudes numériques… De quoi devenir complètement fou pour bien moins que ça, gare au bug ! En quelque sorte, le projet transhumaniste est la chronique d’une mort annoncée de l’homme. Des gens bien placés et à l’esprit clair, comme Bill Gates entre autres, pensent que c’est tout à fait réalisable mais totalement dingue et c’est là que la morale, l’éthique et la philosophie réinvestissent le terrain fuyant de l’utopie.

      On aura toujours des problèmes et c’est heureux : on aspire naïvement au hamac et à une vie zen  dans un calme plat, mais ce serait d’un ennui mortel. Changer d’époque, c’est changer de problèmes à cause d’inventions révolutionnaires inédites. Mais les problèmes sont-ils si neufs qu’ils en ont l’air ? Les moyens considérables que nous sommes en train d’acquérir globalement altèrent-ils nos concepts et nos références ordinaires au même niveau que pour nos footballeurs ? Peut-on penser l’humanité toujours de la même façon quand on peut réparer l’humanité et l’augmenter en la réparant ? Sur ce terrain tout est neuf, meuble et instable, rien n’est assuré hormis une certitude qui remonte à Rabelais et qui tient en une seule rime riche d’une sagesse inaltérable : Science sans conscience n’est que ruine de l’âme.

Page du 19 mai 2018 jour de perpétuité
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