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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 2 mai 2018 jour de méditation

Denis Vallier

      Depuis que l’esprit scientifique inspire une partie de notre société, nous pouvons nous baser sur quelques certitudes temporaires pour appréhender notre environnement de manière rationnelle. La poésie, notre intimité fouillée, la méditation, nous permettent d’accéder, par extension, à une connaissance de l’humain qui elle aussi a quelque intérêt même si elle demeure, la plupart du temps, modeste et discrète comme violette en sous-bois. « Les autres forment l’Homme, je le récite » disait le maître ; tout comme lui, en Montaigne du pauvre, j’essaye. Mais au fait, quand je dis « nous », qu’est-ce qui nous noue ?

      La méditation est une approche toute aussi humble et prudente que la démarche scientifique ; elle m’autorise malgré tout à affirmer en boucle que nous autres humains, nous nous sentons continuer, nous nous rassurons sur le fait que nous sommes toujours là en nous constatant continuer faire ce à quoi nous nous identifions : moi n’est qu’une pensée et penser c'est continuer à être ce moi et ainsi de suite. Et tourne et tourne le manège… Ce n'est plus une série monotone, c'est une divergente entre deux infinis.

 Photo de Lin Nyung Chen

Photo de Lin Nyung Chen

      Je le dis plus simplement: je m’identifie à mon activité mentale. La fin de l'identification n'exige aucun effort. L'attention neutre est instantanée et met fin de même à l'identification. Ce qui nécessite un effort c'est la persévérance parce qu'au début l'attention est fugace à cause des habitudes mentales d'identification : identification égale moi, égale inattention et laisser-aller. S’apercevoir que l'on est distrait c'est déjà de l'attention. La présence de l'attention entraîne la disparition instantanée du moi, de ce qui œuvre en sous-main. À contrario, l’absence d'attention égale moi, égale laisser-aller, égale désordre. La persévérance aboutit un jour à l'attention quasi-permanente qui devrait être l'état de conscience normal des êtres humains. Mais suis-je effectivement ce que j’ai conscience d’être ? Pour répondre, il faudrait que je me connaisse et pour cela que j’ai un étalon fixe. Mais où donc trouver ce point d’appui dans le vide ? « Connais-toi toi-même »… c’est bien gentil, mais dans ces conditions, est-il réellement possible de passer de la conscience de soi à la connaissance de soi ?

Fuite dans les idées

Fuite dans les idées

      Qui connaît les autres gagne en intelligence, se connaître soi-même devrait nous rapporter en bonus plus de discernement et d’esprit critique. Socrate avait fait sienne une maxime inscrite au fronton du temple de Delphes : « Connais-toi toi-même et tu connaîtras le monde et les dieux ». Cela dit, Socrate était sarcastique, provocateur, je l’imagine espiègle et joueur ; il se servait de toute phrase, même de la plus banale, comme moyen d'exercer son esprit aiguisé comme une lame. Plus tard, Saint Augustin rajoutera : « Ne vas pas au dehors, rends-toi en toi-même, c'est dans l'homme intérieur qu'habite la vérité ». Comme quoi la connaissance de soi renvoie à autre chose que soi. – Non, je ne suis pas d’accord, dit l’autre chose que moi, fiche-moi la paix!

      Dire « connais-toi toi-même », c'est dire ce que toute oie oit quand elle s'écoute dans un « laisse glisser, y en a marre mon canard d'être secouée dans les turbulences de l'altération » ; c'est l'utopie tournée vers l'intérieur plutôt que vers des lieux extérieurs. Après un retour sur moi-même et une réflexion poussée dans ses derniers retranchements, maintenant que j’ai un âge certain, je me rends compte que toute ma vie, j'ai été obsédé par une même idée... Le problème, et il est de taille, c’est que je ne sais toujours pas laquelle et j’en ris à me faire péter la panse. Effectivement, c'est une bonne rampe de lancement pour un laïus philosophique d’entrée de gamme à prix sacrifié. On peut, par exemple développer le fait que la vie est un drame lyrique et qu'il n'est nul besoin d'en inventer d’autres dans le but de... etc... Et ainsi se fuir soi-même à toutes jambes : manifestement, j’ai de la fuite dans les idées, le niveau baisse dangereusement. Mais je suis en bonne compagnie n’est-ce pas ?...

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