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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 22 mai 2018 jour de la grande illusion

Denis Vallier

      Pourquoi ai-je parfois le sentiment de rêver les yeux ouverts… de vivre en décalé… de m’être fait épingler dans un trompe-l’œil ? Pourquoi, de temps à autres, cette impression nauséeuse que les autres et les choses n’existent pas pour de bon… l’idée stupide d’être la seule conscience vivante, perdue au milieu d’un univers de songes… Dites-moi Docteur, ce doute, ce doute moite, cotonneux, envahissant, qui vide le réel de sa réalité, est-ce le symptôme d’une névrose ou bien d’une psychose plus sévère ?… Ah bon ? Nous serions tous atteints à des degrés divers ?

      Le monde est-il d’une étoffe réelle ou bien du tissu dont sont faits les songes ? … s’interrogeait le poète. Se réveille-t-on jamais de la vie ?  Ne peut-on rêver qu’on se réveille ? Le monde qui nous entoure n'est-il que l'émanation de notre pensée ? La matière n’est-elle que le fruit de notre imagination ? Que j’escalade des montagnes ou que je plonge dans la mer, je suis toujours en moi-même, et ce n’est jamais que ma propre pensée que j’aperçois. Donc, le monde n’existe pas en soi, mais en moi. Donc, la vie n’est que mon rêve. Donc, je suis à moi seul toute la réalité mon cher Watson…

Faire le point n'est pas le plus facile.

Faire le point n'est pas le plus facile.

      Certaines données objectives font tout pour nous conforter dans ce point de vue particulier et aberrant. Par exemple, notre œil, lui, n’est pas une caméra objective : à un instant donné, il ne capte nettement sur sa fovéa qu’une faible partie de l’espace qui l’entoure, le reste est plus ou moins dans le flou comme le démontre magistralement cette image. Pour obtenir une vue d’ensemble plus parlante, il va devoir regarder ailleurs, puis encore ailleurs et ailleurs. Pendant ses brefs déplacements, il est objectivement aveugle. Pendant ce temps, notre cerveau prend le relai et s’accapare ces multiples informations discontinues pour résoudre le puzzle, mais il le fait à sa vitesse ce qui nous permet de profiter du cinéma. C’est donc notre cerveau qui fabrique les images, la preuve c’est que je vois très bien tout ce que je rêve les yeux fermés pendant mon sommeil. La réalité n’est donc pas ce que l’on voit, entend, touche ! Si ce que je perçois du réel est forcément très différent de ce qu’en perçoit une chauve-souris ou une mouche, pourquoi serait-ce la même chose que pour mon voisin ? Étiez-vous au courant que le monde ne tournait autour que d’une personne à la fois ? J’ai l’impression de découvrir l’eau chaude, mais malgré tout, tout cela est assez perturbant…

      Comme ceux qui ont fait ce dessin, les magiciens et illusionnistes de tous poils savent que le cerveau fabrique les images et ils parviennent à nous berner en exploitant cette connaissance. Ils utilisent le même truc que les toréadors en agitant leur muleta pour capter notre attention et la détourner de ce qu’ils font réellement. Nous nous croyons suffisamment malins pour ne pas nous faire avoir en focalisant sur ce qui nous paraît pertinent et non pas évident, en anticipant à torts les résultats d’un geste, en reconstruisant de toute pièce une pseudo-réalité, alors que c’est exactement ce qu’espère l’illusionniste. Et ça marche à tous les coups, nous n’y voyons que du feu. Tout n’est qu’une grande illusion. La seule vraie magie en ce bas monde se passe dans nos cerveaux de gogos.

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