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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 23 mai 2018 jour dans sa bulle

Denis Vallier

      Le monde, tout ce qui est, n’est que ce que je vois, ce que  je touche ou entends, ou ce que je me souviens d’avoir vu, touché, entendu, senti, mais rien d’autre non plus même si ça fait mal de percuter un arbre. Ce que nous appelons le monde est la somme de nos sensations. Nous ne connaissons pas le monde lui-même, en lui-même, nous avons chacun un monde senti et ressenti. Si ma pensée se fait poétique, la nature n’est que la prose de mes sensations. Appelez « sensible » ce que l’on dit « matériel » et vous conserverez la réalité, vous gagnerez la cohérence. À partir de ce moment-là, il faut pousser plus loin : en affirmant que chacun est à lui seul le monde et l’origine de tout, je nous divise et je me contredis. Mais si je dis : « Je suis moi seul le monde et l’origine de tout », non seulement je suis d’accord avec moi-même, mais encore toute personne qui répétera ma proposition pourra bien en convenir pour elle. Car, en toute logique, chacun d’entre nous est à même de se dire en son for intérieur : « Je suis moi seul le monde et l’origine de tout », non ? Ainsi, c’est donc la langue qui nous trompe. La grammaire et l’usage m’imposent de distinguer six personnes, je, tu, il, nous, vous, ils, alors que deux suffisent : moi et mes idées.

      Et si la Raison était dans ce raisonnement, ou inversement, l’avait abandonné pour l’occasion ? Qui pour l’affirmer ? Qui pour le réfuter ?

Page du 23 mai 2018 jour dans sa bulle

      À force de réfléchir le monde, on ne voit plus que son reflet dans ses contemporains. Sans pour autant sombrer corps et biens dans le solipsisme, c’est une idée plurimillénaire qui a traversé les siècles et probablement l'esprit de tout un chacun à un moment donné, un vertigineux postulat qui nous laisse pour le moins sceptique… N’est-ce pas Monsieur Pyrrhon d’Élis ou autres adeptes plus anciens encore de l’Anekantavada ? À chacun sa bulle, mais qu'adviendrait-il-il si l'on acceptait pleinement cette idée, si l'on en faisait le fondement de sa philosophie et le principe d'organisation de sa vie ? Se prendrait-on pour Napoléon comme un Trump brutal et cynique, pour un chantre du libéralisme à tout crin ou pour Dieu ? Nous sommes déjà suffisamment nombreux à nous prendre pour le Christ et sa double substance. Le Christ avec son désir, notre désir, passionné, si humain et tant surhumain de toucher Dieu… Ce besoin est un mystère insondable. Tout en nous, nos angoisses, nos peines, nos joies, trouve son origine dans ce combat constant et impitoyable entre notre chair et notre esprit. Et notre cerveau n’est que le champ de cette bataille.

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