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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 24 mai 2018 jour des poubelles

Denis Vallier

      Le sage dit au disciple qui regarde au dehors passer un avion: -« Peux-tu faire disparaître cet avion ? » et le disciple de répondre satisfait de lui: - « Bien sûr mon maître, c’est facile, je peux toujours tirer les rideaux ». Le maître le regarde en souriant et ferme simplement les yeux... La pensée sera toujours plus forte que l'action, c’est ce qui a fait notre force jusqu’ici… mais certains n’en sont pas convaincus. S’il nous arrivait de croiser un original aux cheveux orange que n’effleurera jamais le soupçon légitime porté sur les limites de notre connaissance mais qui nous affirmera mordicus que les choses ne sont qu’en lui, que par et pour lui et qu’il n’y a rien en dehors de lui, on le soupçonnerait volontiers d’être sincère, c’est-à-dire fou, et nous le rejetterions comme un corps étranger. Si nous défilions devant lui en lui filant de bon cœur un coup de pied dans le tibia au passage pour lui prouver notre existence, il persisterait à affirmer que la douleur est tout simplement une question qu’il se pose à lui-même pour mesurer la force de son désir : si la souffrance l’arrêtait, c’est qu’au fond, il ne tiendrait guère à ce qu’il convoite ; mais si elle se révèle un maigre obstacle, c’est que son désir est puissant, qu’il est profond, qu’il a raison contre vents et marrées. La douleur ne serait en sorte que le baromètre de ses envies et il retomberait sur ses pattes comme d’habitude.

Page du 24 mai 2018 jour des poubelles

      Cet hurluberlu se fabriquerait un monde à son image : impitoyable, avide, redoutable, effroyable et sa vérité, son rapport au réel serait versatile, mouvant, instable. Si l’univers n’existait que dans sa tête, que parfums, sons,  matières, couleur orange et goûts n’étaient qu’en son esprit, que nous-mêmes n’existerions que sous ce même crâne, eh bien, s’il fallait l’en croire, il serait normal de penser que tant de choses réunies dans un si petit espace l’aient rendu fou furieux et nous ne manquerions pas de le lui signifier comme je le fais ici : « sac poubelle, tu es fou ! ». Et si nous étions nombreux à le faire, à le lui répéter sans aucun répit, peut-être éprouverait-il alors cette solitude qui est le lot de nous autres humains, et non plus celle, autonome, suffisante, de la conscience qu’il avait cru être, mais bien la solitude au milieu des êtres et des choses, une solitude entourée, sans recours, irrémédiable : la pire solitude humaine, la désolation d’Arendt. Et quand il disparaîtra, nous l’oublierons aussitôt. Ainsi, il aura eu raison jusqu’au bout de penser qu’il n’aura fait que rêver le monde puisque celui-ci aura cessé d’exister au moment même de sa disparition, oubliant de noter son absence…

 

Communiqué : Pose d’une quinzaine de jours dans ce journal : j’ai des siestes en retard et il me faut un sombrero…à bientôt en ces lignes les amis…

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