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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 14 août 2018 jour de retour vers le futur

Denis Vallier

      Selon nos tempéraments et nos facultés, l’immense point d’interrogation de l’avenir nous passionne, nous laisse perplexe ou bien nous inquiète. Élaborer des scénarios ingénieux ou fantaisistes est sans doute la caractéristique la plus marquante de notre espèce et des auteurs de Science-Fiction y sont passés maîtres. Ils nous font vivre par anticipation dans des mondes souvent étranges et poétiques ou dans de sinistres dystopies. Au vu de l’actualité, certains comme Orwell ou Huxley ont démontré à l’évidence des dons de prophétie, d’autres comme Ron Hubbard ont bien fait de se recycler du moins pour leur compte en banque. Parmi de nombreux thèmes développés, celui de l’immortalité revient souvent et de nombreux auteurs de prospective actuels la prédisent à terme  pour notre espèce dans un avenir lointain avec le plus grand sérieux… Ils envisagent cela car je suppose qu’ils pensent que c’est une perspective sympathique pour un grand nombre d’entre nous, mais quelle pagaille si personne ne mourrait, que d’embouteillages en perspective !…

      Effectivement, si accepter de mourir quand on a vécu paraît sage et raisonnable, dire que cela est normal est un jugement indigne envers tous ceux qui œuvrent à augmenter l'espérance de vie ou à lutter contre les injustices et la misère pour ne citer que ceux-là. Par contre, il est pertinent de se demander s’il est nécessaire d’augmenter sans fin l’espérance de vie : si c’est pour prolonger une vie pitoyable, que resterait-il à espérer ? Dès que l'homme a commencé à améliorer sa condition, tout ce que la nature lui imposait comme contraintes est devenu un défi à relever pour ceux d’entre nous qui ont le plus de capacités. On ne peut pas leur reprocher d’agir et d’innover ni même de se jeter dans les projets les plus fous, par contre et avant tout, j'ai la très nette intuition que notre conscience dont nous sommes si fiers s'étiolerait et finirait par disparaître s'il n'y avait pas cette succession de générations… Outre une ingérable surpopulation, si l’on ne mourrait plus, quels seraient nos indispensables préoccupations pour ne pas mourir d’ennui ? Pourquoi s’encombrer d’enfants surnuméraires? Aurions-nous encore besoin de réfléchir, d’analyser, de synthétiser, de progresser, d’inventer ou de transmettre quoique ce soit ?

      Sans la mort nous ne serions pas là pour en parler : homosapiens ne serait jamais apparu. L’évolution en a besoin, sinon elle se trouverait désarmée car c’est par la mort qu’elle trie le vivant ; sans elle, ce serait presque toujours le même regard au monde. Pour évoluer, il faut que sans cesse de nouveaux regards se croisent et s’éprouvent, s’ajoutent et s’affrontent. La conscience possède sans doute bien moins de plasticité que nous lui en accordons : une fois qu’elle est élaborée en l'être, ce dernier, en ayant découvert par expérience sensible et abstraite sa structure, ne peut la dépasser sans avoir une autre structure disponible en référence. Ne pouvant changer en apparence de structure au cours de l'existence, il convient alors aux autres de prendre le relai par leur regard au monde différent, par leur structure de conscience autre. En poussant plus loin, je pourrais avancer que le sentiment d'humanité, qui est en chacun de nous à des niveaux variables, n'est que cette programmation inconsciente à faire vivre le regard au monde, et donc de perpétuer celui-ci… Dans ce cas, si notre aversion pour la mort nous est bénéfique car elle est un moteur qui nous pousse à améliorer notre condition et ouvrir le plus possible le champ de conscience à ceux qui viendront après nous, par contre, n’en déplaise aux amateurs de prospectives, parvenir à l’immortalité serait notre perte assurée en tant qu’espèce.

Regard sur l'avenir

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