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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 16 août 2018 jour de transmission

Denis Vallier

      Au cours d’une vie, nous accumulons une quantité astronomique d’informations, fort heureusement notre mémoire est sélective et se charge de rendre inaccessible ce qui est sans importance. Mais lorsque nous prenons de l’âge, cette mémoire dont nous ne voyons que la partie immergée, effrayée par l’invraisemblable quantité de données qui continue à s’agglomérer sans fin, finit par éliminer de plus en plus et enregistrer de moins en moins. C’est pourquoi il importe de transmettre tant qu’on est encore en mesure de le faire. Nous éprouvons le besoin et le plaisir de transmettre à nos enfants tout le patrimoine personnel et collectif accumulé au cours des âges. Comment ces connaissances se transmettent-elles ? En bonne part par l'éducation parentale. Ensuite, notre société prend le relai des individus et des familles en organisant tout cela pour assurer un minimum d’« égalité des chances ». Elle le fait avec la noble intention de permettre à chaque enfant d’exploiter au mieux son potentiel mais aussi avec les moyens manifestement insuffisants qu’on lui accorde en rapport aux objectifs assignés. L’éducation de nos jeunes devrait être le plus important de nos efforts collectifs mais c’est loin d’être le cas : nous avons une dette colossale à rembourser au détriment de nos enfants.

      En matière d’éducation, un constat s’impose : ces derniers temps, les enfants ne sont plus ce qu’ils étaient, on a changé de matière première. Ce que l’on a pris longtemps pour de la pâte à modeler que l’on pouvait sculpter à notre gré semble refuse dorénavant d’entrer dans le moindre moule. Aujourd'hui, l’éveil est souvent précoce, les personnalités marquées et bruyamment affirmées, les connaissances théoriques éparpillées dans de multiples domaines très étroits. Il est devenu normal que les petits possèdent des rudiments de lecture dès les classes de maternelle, se débrouillent plus ou moins bien avec la lecture à six ans vers la fin du CP, c'est à dire en gros avant la mise en œuvre de l'intelligence conceptuelle qui coïncide avec la fin de la myélinisation (environ sept ans). C’est devenu la norme alors qu'il y a un siècle et demi, seule une élite d’adultes savait lire et les enfants qui apprenaient à lire, savaient lire plus tard, c’est-à-dire vers sept ou huit ans. Malheureusement, s’ils apprennent à lire plus tôt, nos gamins n’en bénéficient guère tant nos livres si précieux leurs paraissent ringards. Actuellement, tous les petits utilisent le zéro en arithmétique et trouvent ça évident alors que le zéro en tant que nombre fut une découverte considérable il y a seize siècles et qu’avant, on a fait sans. Nous éduquons en masse nos enfants, c’est globalement positif, mais est-ce que cela signifie que nous avons progressé ? Ce n’est pas évident…

      Côté corps, les prouesses sportives croissent de génération en génération et les records tombent régulièrement. Bien sûr les conditions des pratiques sont meilleures de nos jours, mais avant de mettre ça sur le dos du dopage, c'est avant tout une question de détection depuis le plus jeune âge, de spécialisation poussée et d'entrainement efficace. Mais ceci n’est le cas que pour une minorité de nos enfants, la majorité est statistiquement moins performante qu’il y a peu : moins de résistance, moins d’endurance, moins de maîtrise de son corps et du milieu, plus d’asthme, plus d’allergies… les chiffres parlent et dans ce domaine, nous allons vers de graves déconvenues si les courbes se prolongent. Nos gosses, esclaves de leurs écrans, sont devenus plus rapides pour certaines acquisitions mais bien plus lents pour d’autres comme si tout cela était un jeu à somme nulle. Toute progression repose sur un déséquilibre contrôlé mais dans ce domaine, tête baissée sur nos téléphones, nous allons tout droit vers l’abîme. A ce propos, l’interdiction pour la prochaine rentrée scolaire de l’usage des portables au sein des écoles et des collèges est une mesure hygiénique de bon sens. Malgré tous nos progrès, toute notre technologie, nous tomberons toujours sur des lignes rouges risquées à franchir et de surcroit, nous resterons toujours autant incapables de diviser par zéro.

Page du 16 août 2018 jour de transmission
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