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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 17 août 2018 jour axiomatique

Denis Vallier

      L’orgueil ou en tout cas une haute estime de nos capacités nous a longtemps poussés à caricaturer les hommes préhistoriques comme des brutes épaisses armées de massues et traînant leurs femmes par les cheveux. Pourtant, les hommes n’avaient pas moins de potentialités cérébrales il y a quelques dizaines de milliers d’années et sans doute, les ont-ils exploités au maximum pour simplement survivre et nous permettre d’être là : en fait, un profond respect semble de mise. Ils étaient sans doute « étranges »  car leur mode de vie imposait qu'ils développent d'autres aptitudes que l'Occidental moyen du 21ème siècle. En particulier, leur mémoire était beaucoup plus sollicitée qu'aujourd'hui rien que par le fait que les traditions étaient orales. A tout âge et quelle que soit l’époque, une mémoire entraînée est plus performante qu’une mémoire ordinaire et simplement parce qu'ils sont entrainés à autre chose, nos enfants perdent progressivement cette faculté qui est pourtant le propre de leur âge : ils ne pourraient plus réciter Alice au Pays des Merveilles par cœur comme pouvaient encore le faire une certaine jeune fille de mes amies il y a deux-trois dizaines d’années (n’est-ce pas Yona ?…).

      Il n'y a donc guère d'inné chez l’humain, presque tout est de l’acquis. C'est un peu comme si, au départ, il y avait un potentiel d'axiomes et qu'on s'amuse à en connecter certains plutôt que d'autres. La pensée humaine, en acquérant de nouveaux domaines de conscience par la succession des générations s'est élargie, a conquis une partie plus grande du territoire de la structure de sa pensée. Nous ne sommes sûrement pas aux limites axiomatiques structurelles de la pensée humaine et sans doute en sommes-nous même très éloignés étant donnée la relative jeunesse de l'humanité : à l’échelle de l’évolution des espèces, la nôtre est dans son enfance. Cela nous ouvre des perspectives extraordinaires tant nous avons encore de marge si nous survivons, mais malgré tout, à terme, car terme il y aura, nous n'aurons qu’une conscience toujours limitée du réel, justement en raison de la structure axiomatique de la pensée humaine. Elle nous est spécifique, nous n’aurons jamais la conscience du réel des chauves-souris ou des dauphins confirmerait Monsieur de La Palisse. Pour aussi totalement que nous utilisions notre conscience nous n'aurons jamais qu'une conscience strictement humaine du réel, comment y échapper sans un bricolage génétique de notre évolution ?

      Et pendant ce temps, au lieu de développer vertueusement nos capacités de manière saine comme le propose la sagesse et ou de manière pseudo-scientifique comme le proposent ces arnaqueurs de Scientologues, nous nous abrutissons progressivement en confiant, ou plutôt, en nous débarrassant d’un nombre toujours plus grand de tâches cérébrales ordinaires sur nos appareils : nous n’avons déjà plus besoin ni de mémoire, ni de calcul mental, ni de sens de l’orientation, ni même d’imagination ; nos études deviennent une suite ininterrompue de copier-coller, notre sens artistique assisté s’étiole, tout est à disposition, prémâché à distance par des ordinateurs surpuissants d’au-delà du Cercle polaire. Les machines savent déjà mieux que nous ce que nous sommes et voulons, elles dirigeront bientôt par le détail nos vies et finiront par penser pour nous ; elles reprendront alors notre flambeau abandonné en codifiant le monde en séries de chiffres et de signes cabalistiques. Tout ça pour ça…ça laisse comme un arrière-goût d’incomplétude et de gâchis. Mais rien n’est jamais joué d’avance tant que la partie n’est pas finie…

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