Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 1er août 2018 jour absurde

Denis Vallier

Tu trembles carcasse… Ce n’est sûrement pas de froid, qu’est-ce qui t’effraie?

  • L’absurdité…

      Nous sommes cernés par l’absurdité, elle est partout, dans notre Histoire, nos religions, nos vies de dingues. Ce qu’il y a d’inquiétant et de terrible dans l’absurdité, c’est de ne pas la comprendre : ce n’est pas de la folie, c’est au contraire l’application d’une logique des plus rigoureuses à quelque chose que la raison est incapable de comprendre et qu’elle doit impérativement accepter.  Les nazis, Staline, Pol Pot, Daesh ou Trump à sa manière, ce n’est malheureusement pas de la folie.  Si la logique ne la soutenait pas, une chose ne serait pas absurde, elle serait folle, frappadingue, azimutée et donc acceptable en tant que telle. Mais non, elle est aberrante certes et pourtant elle nous est constitutive et inévitable. Quelque chose d’absurde ne devrait pas être là et encore moins fonctionner, mais cette chose est non seulement réelle et fonctionne mais en plus, elle s’impose malgré nous. Ça commence à notre naissance pour ne s’arrêter qu’à notre mort ce qui est totalement absurde.

      C’est pour cela que, dans tout ce que nous faisons, moins importe ce que nous faisons que notre raison de le faire. Tout est là… Naître, vivre et mourir, c’est sauter à pieds joints dans l’absurdité, l’entretenir toute sa vie durant et finir par la quitter à regret. Dans l'infini du temps, de l'espace, un rassemblement de cellules se forme, se multiplie, se dessèche et disparaît. On vient de nulle part pour sortir de sa mère et entrer dans la vie… Déjà pour commencer, c’est le mystère de la chambre jaune cette histoire. Ensuite tout au long de notre existence, le Père Ubu se met d’accord avec Kafka pour nous faire mener une vie de dingue et à l’autre bout du chemin, on atteint le comble de l’absurde : depuis bien avant les débuts de l’humanité, on entend toujours les mêmes cris à l’annonce de la mort d’un proche, les jambes flageolent toujours autant parce qu’on n’admet pas. Ainsi, tout ce que nous sommes, toute réalité, dans la chambre où la mort s'affaire devient hébètements, lamentations et larmes parce qu’on ne comprend pas.

      Mais la vie reprend vite son absurdité ordinaire. La tristesse et les larmes dépendent ensuite de la mécanique des fluides : plus le mort est célèbre et adulé, plus il y a de gens pour suivre son cercueil blanc en pleurant et plus la tristesse est grande et les larmes nombreuses alors qu’un pauvre émigré sans famille ni ami se noyant en Méditerranée ne rajoutera aucune goutte salée à la mer qui le digérera. C’est donc globalement depuis la nuit des temps toujours le même enterrement, mais maintenant, on remplit des fichiers dans l’ordinateur, ce qui est un progrès incontestable. Dans son coin, la Vie rigole et, absurde ou pas, se moque bien de qui est là ou qui n’est plus là, du moment qu'il y a quelqu'un.

Photo du génial Gilbert Garcin

Photo du génial Gilbert Garcin

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commentaires