Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 20 août 2018 jour du Cid

Denis Vallier

      En toute objectivité, nous pouvons constater que les deux extrémités de la vie, la naissance et la mort, sont des évènements déterminants indépendants de notre volonté et qu’il n’y a pas de mode d’emploi. Et si un vendeur est là pour vous conseiller, c’est bien plus souvent pour le pire que pour le meilleur alors que ce serait vraiment le moment de bénéficier d’informations pertinentes. Au lieu de cela, on nait sans le savoir puis on se retrouve compresser en troupeau dans des salles de classe et quand on a bien compris les leçons des vieux croûtons, on reçoit un joli diplôme de bonne conduite, on bosse, on fait des gosses et une ou deux guerres à l’occasion pour un drapeau quelconque et puis l’on meurt douloureusement d’un cancer... Ah, c’est beau la civilisation !… C’est n’importe quoi comme information ! Il ne sert à rien d’empiler des connaissances qui puent la naphtaline, ce qu’il nous faudrait, c’est que le potentiel de chacun se trouve valorisé indépendamment de toute civilisation.

      Entre ces deux certitudes, ces deux frontières qui bornent nos vies et en font un passage obligé toujours bref, voué à l'oubli, nous pouvons imaginer ce que bon nous semble pour nous donner l'illusion d'avoir vécu pour une bonne cause ou une bonne raison. Causes ou raisons comme celles par exemple, de la procréation, du savoir, de l’art, de la reconnaissance éternelle de la nation, de la collection complète de séries de timbres-poste ou de la conviction de faire partie d'un tout et de le faire progresser vers l’infini des sphères. Mais ces raisons qui nous semblent nécessaires sont-elles suffisantes ? Avons-nous le choix ?

      En général, on laisse entendre que dans la vie, on commence par délibérer, par hésiter entre différentes options, et puis qu’ensuite, en vertu de cette délibération, on décide à l’instar du Cid du reste de ses jours. C’est une blague : en réalité, comme pour le Cid,  tout se passe à l’inverse… Je rappelle le dilemme cornélien : Rodrigue, dont le père a été giflé par le père de Chimène, sa fiancée, peut-il laisser cet affront impuni malgré la perte certaine de l’amour de sa vie ? « Je dois à ma maîtresse aussi bien qu’à mon père… qui venge cet affront irrite sa colère, et qui peut le souffrir ne la mérite pas »…. Faut-il punir le père de Chimène et perdre celle-ci? De toute façon, c’est couru d’avance ! On ne nous la fait pas ! Non, en vérité, Rodrigue n’hésite pas puisqu’il est le Cid ! Vous l’imaginez ne pas se battre, lui !? Il ne serait pas le Cid s’il choisissait l’amour plutôt que l’honneur… et puis la pièce de Corneille s’appelle « Le Cid » et non pas « Rodrigue », un point c’est tout mais ce n’est pas un mince exploit que d’avoir fait franchir les siècles à une pièce dont le point de départ est une question qui ne se pose même pas… Il est simplement obligé d’accepter la décision qu’il a déjà prise malgré lui… Ce n’est que çà son problème. De même, nous autres, quidams roturiers du 21ème siècle, dans notre vie, nous décidons et ensuite, on délibère avec nous-même pour la forme et bien souvent par la suite, on s’en mord les doigts.

      Il est vrai, qu’au-delà de tout idéalisme, la vie demeure un combat, souvent contre soi-même ou du moins un  rapport de force, et quand on se retrouve engagé dans un combat, qu’il soit à coups de polochons ou sur un chemin couleur de sang, les alternatives sont de le gagner avec gloire et honneur ou bien de le fuir en souplesse, intelligemment pour les uns, lâchement pour les autres. Naître et mourir, cela n’a rien de spécialement honorable, tous les êtres vivants, des algues aux baleines à bosse, passent par là et se fichent bien des leurres de la gloire et de l’honneur. L’honneur, c’est bien facile d’en parler du fond de son canapé en levant le menton… or, ça ne veut pas dire grand-chose surtout pour qui, dans son salon, n’a jamais connu la peur, la vraie, celle proche d’une mort imminente ou du moins d’une mise en danger d’importance. Les honneurs, la plupart du temps posthumes, sont le prix du sacrifice trop souvent entaché d’une héroïque connerie ou d’une coupable précipitation tandis que les amours sont si délicieusement douloureuses…

Quand le Cid demande conseil...

Quand le Cid demande conseil...

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commentaires