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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 21 août 2018 jour du loup-garou

Denis Vallier

      Personne ou presque ne croît au loup-garou et pourtant il suffit de placer un homme derrière un volant pour qu’il se transforme aussitôt en un monstre fulminant prêt à régler son compte à la terre entière. On sait l’espèce humaine de nature vindicative et hargneuse mais tout de même pas au point de perdre toute raison pour un coup de klaxon. Eh bien si… Chacun d’entre nous juge stupides et ridicules les excités qui vocifèrent en montrant le poing par la portière, on en rit jusqu’à ce qu’on se surprenne à traiter de tous les noms d’oiseaux l’abruti, que dis-je ?... le connard, l’enculé ! qui vient de vous serrer d’un peu trop près. Nos colères cheminent côte à côte tout au long des routes et la nôtre nous accompagne tout au long de notre vie. On se demande bien pourquoi ?

      On justifie notre absurdité quotidienne et ordinaire en nous disant que la plus part du temps la colère n’est pas sans raisons, qu’elle a une cause qui la provoque. Tout le problème que nous pose notre colère est dans la validité de cette cause et la réponse se trouve dans la nature de ce qui l’a provoquée. Si la cause est noble, la colère sera considérée comme légitime et bénéfique, si la cause est futile elle sera considérée comme stupide et absurde mais notre colère en elle-même est acceptée comme un membre ou un organe. Cette soi-disant agressivité nécessaire est sans doute le résultat d’une longue sélection naturelle dont la durée nous échappe : depuis que l’homme est homme, la vie a été considérée comme un dur combat avec ses perdants et ses gagnants, ceux qui s’en foutent étant hors-jeux... Bien sûr, une des deux catégories offre des perspectives plus réjouissantes que l’autre.

      Mais dans cette empoignade, qu’est-ce qui est réellement en jeu ? J’ai beau cherché et y réfléchir, je ne vois que deux choses : le temps de sa vie et sa santé que l’on retrouve symbolisés, matérialisés, concentrés dans son automobile… Hors ces deux précieux biens indiscutables autour desquels tout s’organise, il n’y a pas grand-chose : l’amour sous toutes ses formes, l’argent, la puissance et la gloire, tout cela paraît bien secondaire au bilan. « Profiter de sa vie en bonne santé »… énoncé comme cela, l’objectif est d’une grande banalité, il est presque indigent n’est-ce pas ? Et pourtant, c’est le bien le plus précieux, l’os à ronger, l’objet de toutes nos convoitises que l’on se dispute et s’arrache. Seuls quelques-uns en profitent pleinement, mais ce ne sont pas forcément les plus visibles d’entre nous car il y a plusieurs moyens d’y parvenir : certains, au prix de légers sacrifices et d’un mode de vie sobre et frugal réussissent à mener une existence riche et sereine. Et pour tous les autres la frustration est forte et les pousse à montrer les dents.

Merci à Claude Serre pour cette magistrale illustration...

Merci à Claude Serre pour cette magistrale illustration...

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