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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 27 août 2018 jour versatile

Denis Vallier

      Nous avons, vous et moi, du moins je le suppose, l’impression d’évoluer avec une certaine cohérence, d’être en général d’accord avec nous-même, de posséder une certaine unité. C’est un sentiment banalement partagé, n’est-ce pas ?  Or notre pensée n'est jamais aussi « unifiée » qu’on se l’imagine, et elle me paraît même, à bien des égards, particulièrement contingente ou pour parler plus simplement, hasardeuse voire chaotique. Je ne sais pas si c’est votre cas, mais dans le mien, il y a une majorité de pensées qui ne m’effleureront jamais et dont je n'aurai jamais idée; de même, je n’ai aucune idée par avance de la pensée qui va me traverser l’esprit l’instant suivant. La pensée évolue ainsi dans le temps au gré des rencontres, des lectures, des émissions de télé ou de radio. Il est donc tout-à-fait injuste d'opposer les propos d'untel d'aujourd'hui à ceux qu'il tenait alors qu'il n'était encore qu'un gamin révolté plein d’avenir, de certitudes et de promesses. Nous pouvons exprimer, au cours du temps, des propos opposés sans que pour autant nous soyons versatiles ou dérangés, simplement notre point de vue aura changé d’angle et il n’y a rien là que de très ordinaire. Les hommes politiques qui parlent tout le temps nous y ont habitués de longues dates.

      Ceci dit, pour nous y retrouver entre nous et ne pas être surpris lorsqu’on reprend une conversation, on devrait quand même exiger un « temps de cohérence raisonnable » d’au moins quelques mois voire quelques années pendant lequel la pensée devrait garder un cap déterminé, quitte au final à avancer loft pour loft, en zigzag (Oui, je sais, on dit virer lof pour lof et ce par vent arrière uniquement, mais vous autres les voileux intégristes, il faudra vous habituer à mon humour à 14° comme les vins de maintenant). Descendre, allure portante, comme au grand et petit largue, ne nécessite aucun ajustement particulier et pourtant, je vous l'assure, par vent arrière, nous verrons le bateau louvoyer en même temps qu'une certaine partie de vous-même, car le vent, grand farceur, tient rarement un axe constant et nécessite qu’on s’y adapte. Par contre, remonter le vent demande de virer de bord à bon escient, l'embarcation passant bout-au-vent sur son inertie, et certains se montrent experts en la matière. (J’en parle comme si j’y connaissais quelque chose alors que je ne fais des batailles navales que dans ma baignoire : j’y coule de temps en temps des escorteurs avec des bulles !).

      Ainsi, on peut considérer que, dans le domaine mouvant de la politique, virer de bord n’a rien d’exceptionnel : le cohérent baignant dans l’incohérent et le rationnel étant toujours inclus dans l'irrationnel et ...vice et versa... repetitas. Il y a bien des types qui ont eu le Nobel de l'Économie pour avoir étudié l'irrationalité économique… Puisqu’on est dans la marine, le pompon va à certaines paroles qui témoignent d'un temps de cohérence nul voire négatif, lorsque quelqu'un, disons au hasard un tribun politique à chevelure orange, dit quelque chose qu'il contredit du même geste comme lorsque je dis « je ne dirai jamais jamais ».  Il est malheureusement loin d’être le seul mais lui me stupéfie en permanence tant il est présent au quotidien. Malheureusement, je ne peux m'empêcher de l'observer que comme le sommet visible de l'iceberg d'une façon de s'exprimer propre à notre époque qui n'entretient aucun souci effectif de cohérence mais aussi, à mon grand regret, de voir mon propre visage dans cette glace. L’Idiocratie est en marche depuis « 1984 ».

Page du 27 août 2018 jour versatile
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