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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 30 août 2018 jour des spaghettis

Denis Vallier

      Nul besoin d’être tatoué comme c’est la mode pour que notre corps raconte une longue histoire : chacun d’entre nous est « l’homme illustré » de Ray Bradbury. Nous avons tout le passé de la Terre enregistré dans chacune de nos cellules : l’histoire du monde et de l’humanité, c’est autobiographique en fait… Notre espèce inscrit un épisode explosif mais qui ne saurait être exceptionnel dans les milliards de galaxies de notre univers. Si nous portons tous en nous la genèse du monde, il y a belle lurette que nous l'avons oubliée mais elle est toujours à l'œuvre et continue son bonhomme de chemin. Comme pour le fœtus qui a des branchies et résume notre parcours biologique, la vie de chacun d’entre nous respecte en miniature les trois grandes étapes en cours d’inscription de l’Histoire de notre espèce : tout d’abord, une tendance à l’humiliation avec son revers, la rébellion, puis, une autosatisfaction plus ou moins béate et sa contrepartie, la déception, et enfin, une véritable autocritique et la résignation qui l’accompagne. Chacun peut plus ou moins se reconnaître dans ces grandes lignes, mais pour les critiques tardives, vielles vendanges, elles arrivent généralement comme ces spaghettis, dont se montrent si friands les adeptes du Pastafarisme, cette nouvelle religion aussi absurde que les autres qui adore le Monstre en spaghetti volant et qui revendique à coups de boulettes de viande comme il se doit le même respect et les mêmes droits que les autres : ces critiques nous arrivent trop tardivement, elles sont trop cuites, flasques, avachies et parviennent froides dans notre assiette.

      Quoi qu’il arrive, l’espèce vivra sa vie et franchira ces étapes une à une, mais pour son autocritique, il faudra encore attendre…ce qui laisse à penser qu’elle est à peine sortie de l’adolescence. Pourtant, jamais l'homme ne s'est trouvé dans une position métaphysique aussi proche de l'âge adulte, en ce sens où il ne peut plus compter sur sa « parenté » pour lui conseiller quoi faire : ni Dieu le père qu’il a tué, ni Mère Nature, cette terre dont nous sommes faits et qu’il a rejetée. Personne pour le guider, sauf... la situation entre deux chaises qui est la sienne et à laquelle il faudra bien qu’il s’adapte ainsi que son imaginaire débridé. Malgré ces conditions, l’espèce prolonge une adolescence rebelle et tardive, elle refuse de grandir car elle ne fait que répéter de vieux comportements, que tenter de détruire un héritage tout en prolongeant malgré tout ce qu’elle a appris et qu’elle a toujours fait.

      L’enfance est prodigue en innovations, mais être adulte c'est construire, donner le jour à une perspective qui n'appartient qu'à soi. Par définition, l'acte adulte est inédit. Ce qui parait évident à première vue, c’est qu’au lieu de perdre notre temps à fleurir nos cimetières, nous ferions mieux de décorer nos écoles maternelles. Il ne s'agit plus de perpétuer l'état présent, mais de s'autoriser l'innovation pour l'avenir et donc ne pas démarrer attristé parce que le monde ne sera plus jamais comme nous l’avons connu du fait que nous existons. Nous l’avons définitivement modifié, et force est de constater que nous sommes en train de le gâcher : la chaleur de nos hauts-fourneaux va le cuire à petit feu, mais tant que les spaghettis resteront mangeables tout ira bien sous le soleil. On se lave les mains quand on rejette ses responsabilités et avant de passer à table… existentiellement, quand on est bien élevé, on n'empoigne pas l'avenir avec des « mains sales », elles salissent tout idéal.

 « Touché par Son Appendice Nouillesque », le Flying Spaghetti Monster, divinité du Pastafarisme

« Touché par Son Appendice Nouillesque », le Flying Spaghetti Monster, divinité du Pastafarisme

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