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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 7 août 2018 jour des questions sans réponse

Denis Vallier

      Comme les cyniques de Diogène, matérialistes, subversifs, ironiques mais vertueux, j’ai bien appris ma leçon : introduction, développement, conclusion, et paf !... T’es mort… Terminus, tout le monde descend ! On ferme ! Rideau ! Clap de fin ! Coupez ! La vie s’offre à cet instant auquel nul n’échappe la sobriété d’un coup de hache. Pendant ce temps, en attendant Godot, les femmes continuent d’accoucher comme l’ont fait leurs mères : dans la douleur à cheval sur un tombeau… Tu fais l’amour, les enfants grandissent, et ça-y-est, t’es bon à jeter. Ce bref clignement d’œil met fin à une histoire immense mais sans suite, sans début non plus, dénuée de sens tant nous sommes dépourvus de la capacité de comprendre ce qui nous arrive ni ce que l’on fait là.  Voici réduite en quelques mots dionysiaques mais dramatiquement réalistes, la vie toute entière d’un être humain.

      Chacun se prend pour le centre de l’univers alors qu’on ne sait même pas où l’on est : bien sûr, nous nous agitons à la surface d’une planète de notre système solaire dans une branche discrète de la Voie Lactée appartenant à un Groupe Local de galaxies du Superamas de la Vierge, mais c’est autant dire nulle part. Où est-ce vraiment ? C’est en haut à gauche mais par rapport à quoi ? Ados plus ou moins éternels, nous en sommes encore et toujours à nous demander où et qui l’on est, ce qu’on fait là, à quoi rime ce monde absurde, « à quoi ça sert de vivre et tout, à quoi ça sert en bref d’être né ?». (Comme le chantait superbement François Béranger que l’on a toujours plaisir à écouter dans Tranche de vie)

      À vrai dire il vaudrait mieux ne pas trop se presser pour trouver des réponses. En les connaissant, il y a de fortes chances que la vie perdrait son intérêt en même temps que son mystère. Dans le flou artistique et l’incertitude, il demeurera toujours un divertissement intéressant : vivre… mais mieux vaut le faire comme on l’entend à la manière d’une Lou Andreas-Salomé parmi tant d’autres. Tout un chacun, suspendu entre deux infinis, va besogneusement du néant au néant sous la menace permanente de l’épée de cette vicieuse de Dame Oclesse, mais nous souhaitons le faire dans un immense feu d'artifices et c'est ce qui provoque notre perte. L’artificiel fascine mais il nous tue : quand le soleil est couché aucune lumière ne saurait le remplacer... Si le pourquoi nous échappera toujours, on peut plus ou moins choisir le comment, alors pourquoi s'en priver si on en a la possibilité ? Sur notre planète perdue au milieu de nulle part, on s’occupe donc à vivre sa vie de milliards de façons différentes. Les plus malins se la rendent agréable et là, l’injustice est la règle qui rajoute une couche à l’absurdité ambiante.

Photo de Gilbert Garçin

Photo de Gilbert Garçin

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