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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 8 août 2018 jour de la douche en beauté

Denis Vallier

      « Le monde est absurde !…Le monde est absurde ! » marmonnait dans sa barbe l’éternel ado.  Mais non mon gars !!! Tu te trompes… Nous avons des tas d'explications pour le monde et en aucun cas, il ne saurait être absurde en lui-même : avec ou sans nous, il ne saurait être que ce qu’il est. Sa complexité et sa beauté ne nous ont pas attendus, elles nous ont précédés de très loin. Les fleurs sont parfois complexes mais la plupart du temps belles n’est-ce pas ? Elles étaient ainsi faites bien avant que nous les trouvions belles. Cette beauté n’est pas une parade sexuelle pour attirer un partenaire, alors, pour qui tous ces efforts ? Pourquoi rivalisent-elles de beauté ? Pour plaire à qui ? En tout cas, elles plaisent aux polinisateurs et les papillons se bousculent. Auraient-ils eux aussi un sens esthétique semblable au nôtre ou bien leur intérêt n’est-il qu’alimentaire ? Si le parfum doit leur paraître primordial, préfèrent-ils malgré tout telle ou telle nuance de bleu ? Le sens de toute cette complexité et de toute cette beauté nous échappe… C’est que le monde, l'univers est hors du sens et du non-sens parce que l’observateur ne saurait être en dehors de l'univers dont il parle en isolant par la pensée, un paquet de qualités et de représentations d'où il s’exclurait. J’y suis, j’y reste.

      Plutôt que le monde, c’est notre existence qui nous parait absurde, aberrante, erronée, déraisonnable, démente, déséquilibrée, détraquée, folle, illogique, inconsciente, insensée, irréfléchie, légère, bête, irrationnelle, machinale, fausse, extravagante, impossible, inepte, insane, saugrenue, échevelée, bizarre, incohérente… on pourrait y passer tous les adjectifs les plus stupides de tous les dictionnaires !

      Un jour particulièrement lointain, au détour d’une étagère de librairie, j’ai croisé Kafka et ma vie ne fut plus la même. Avant tout, pourquoi les uns les autres sommes-nous si seuls ? Pourquoi nous faut-il mourir encore plus seuls et si souvent ignorés ? Pourquoi, dans cet intervalle de vie qui nous est donné avec parcimonie, n'accédons-nous pas tous au même bonheur, ou du moins à des sérénités équivalentes en durée, en intensité, en degré, et en qualité ? Ça ne coûterait rien à Dame Nature… sommes-nous donc les seuls responsables de cette absurdité ambiante ? Si on ne vit pas branché sur la folie contemporaine, ni soulé par un cocktail de drogues et si, par-dessus tout ça, Dieu ne répond jamais à nos prières, pourquoi sommes-nous donc seul dans ce grand univers, incapables d’imaginer à quoi ressemblerait une existence qui ne serait pas absurde ?

(Photo de Regina Kelaita)

Photo Regina Kelaita

Photo Regina Kelaita

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