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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 9 août 2018 jour de solitude

Denis Vallier

      Il y a quelques jours, on pouvait lire dans la rubrique faits divers de nos quotidiens qu’un jeune homme de vingt ans était mort étouffé par l’effondrement du trou qu’il s’était creusé dans une plage des Landes. Lorsqu’on creuse le thème de l’absurde, on se retrouve asphyxié par l’extrême solitude. Non pas la solitude physique ou morale partagée par des centaines et des centaines de millions de célibataires ou de personnes âgées de par le monde, mais la solitude inhérente à l’existence de chacun d’entre nous. Je parle ici de la solitude au sens absolu, le fait de ne jamais trouver dans ses sentiments, ses tourments, ses élans, de véritables résonances chez les autres. La solitude, est-ce que cela consiste à être seul, ou à se sentir seul ? C’est ce sentiment qui pose questions. Car on peut se sentir seul même dans un couple fusionnel, avec ses proches, entre amis, encore plus dans le foule. Les moments de solitude les plus perturbants sont sans doute ceux où ce sentiment remonte de nos profondeurs, alors qu’à l’évidence, on se trouve entouré, aimé, choyé…

      Mais, manifestement, même douloureuse, cette solitude peut être parfois féconde. Elle est une occasion de se rendre soi-même visite, en suspendant actions ou distractions. Nous faut-il alors l'accepter comme connaissance de soi et s'affranchir du sentiment de souffrance ? Bien sûr, on peut parler de partage pour nous soulager, mais ne fait-on pas toujours un peu semblant de partager ? Ne partageons nous pas pour la forme ? L'absurde dans nos vies provient toujours d'une question sans réponse, et la mienne est la suivante : pourquoi nous avoir donné à notre naissance une âme, ou, pour utiliser des termes à connotation moins archaïque et religieuse, une conscience, un esprit, une identité, si on doit l'emmener avec nous dans la tombe sans l’avoir partagée avec qui que ce soit ? C’est un cadeau empoisonné de Marraine Nature impossible à refuser et qu’on ne peut refiler à personne.

      Quant au mal-être dans lequel vient s'inscrire la solitude, voire l’extrême souffrance pour les dépressifs, il ou elle signale qu'il y a rupture entre un idéal intérieur et la réalité d'un monde extérieur. Je qualifie d’absurde cette contradiction entre la nature de l'homme et la nature du monde. L’homme est une contradiction vivante, un champ de bataille couvert de cadavres. En lui, tout est en conflit permanent: le bien et le mal, la beauté et la puanteur, le don de soi et le crime, le génie et la barbarie et tout ça dans un seul et même sac de peau. Il n'est pas sur cette planète juste pour rendre compte de sa nature et pour accepter tout simplement que s’il est normal de vivre, il est normal de mourir. Inadmissible ! Cela lui est foncièrement insupportable et pour échapper à cette impossibilité, il se donne corps et « âme » en pâture aux religions. Quand on est mort, on est fini, bien fol qui en doute, en attendant, on est infini et bien peu en profitent… De passer d'une conscience qui vise l'infini à cette finitude inéluctable qui nous oppresse est d’une absurdité invraisemblable. L'homme n'est pas sur terre pour rendre compte en biologiste de l'entropie pas plus que de tout autre chose, personne n’a à lui dire ce qu’il a à faire. Il passe sa vie à se fabriquer des chaînes, mais il est fondamentalement libre et c’est pour cela qu’il est humain. Sinon à quoi bon être conscient et en discuter si c'est pour en arriver à cette sinistre tautologie : l'homme naît pour mourir ? Il y a mieux à faire sans doute… Mais quoi ?

Superbe photo de Mikey Dee

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