Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 12 septembre 2018 jour de victoire en déchantant

Denis Vallier
Page du 12 septembre 2018 jour de victoire en déchantant

      La vie défilait, les jours fuyaient à grand train. Tout passait devant nous, corbillards familiers aux chromes éclatants, hordes furieuses et femmes pressées sous une chape de peur. Tout passait, comme autant de troubles anciens, d'indifférentes peines et de lointains combats. La parade était sans fin, la foule, sans âme, et nos corps peinaient à vivre encore, ondoyant péniblement au rythme d'un souffle devenu court. Il nous restait encore tant de meurtres à commettre, de fourmis alignées sous nos pieds, offrant en sacrifice leur multitude à notre absurde et stupide inutilité. Nous avions toujours quelques cailloux à jeter, parfois si légers qu'ils restaient collés aux doigts crasseux, dessinant un chapelet de pierre à ces mains qui ne priaient jamais. Nous aimions les dalles en béton, les bouts de ciel déchirés et les voitures sans roues, prisonnières des ronces. Nous consumions patiemment les heures, rêvant simplement de voir le jour s'achever. Lorsque scintillait au loin le feu des rues agonisantes, l'air se faisant plus frais, nous renaissions enfin à la vie, déroulant lentement des membres puissants et engourdis. C'était l'heure des fauves, des barbares, du sang des autres. La nuit était notre jour, blafard comme les âmes perdues, profond et noir comme un passé de fantôme.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commentaires