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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 20 septembre 2018 jour de clairvoyance

Denis Vallier

      S’il existe, le propre de l'homme, propre dans le sens nettoyé ou beauté pure, paraît être que nous ne pouvons nous passer de notre conscience sauf momentanément ou à l'aide de subterfuges autodestructeurs qui invariablement nous ramènent à nous-même ou bien à notre mort. Plus nous sommes conscients, plus nous partageons la souffrance du monde, des êtres et du vivant, et plus nous augmentons notre lucidité, notre clairvoyance. Nous montons ainsi en grade dans la pseudo hiérarchie du conscient. La conscience, c’est cette saloperie qui nous colle au train, qui nous oblige et que des poètes trop lucides ont voulu stupéfier à coup de drogues et de vers enivrants ! Elle est trop chevillée au corps pour s'en départir sans s'anéantir tout entier, il ne reste qu'à s'oublier dans la danse frénétique ou la culture, lascive, de la conscience collective, ou alors il nous faut nier qu’elle est à soi : la dire impersonnelle, à l'œuvre par l'entremise de notre corps traversé, ou possédé.

      Au bout du compte, je n'ai peut-être pas compris grand'chose à tout ça : la vie est fascinante, prodigieuse, quasiment miraculeuse tout en se montrant tout autant absurde, injuste et intolérable. Et pourtant nous continuons à en jouir follement comme si tout allait de soi… ne serions-nous pas tous plus fous les uns que les autres ? Mais justement, ne serait-ce pas le détachement à soi qui peut rendre « supportable » ce qui est absolument insupportable ? à savoir le meurtre de la vie, avec le maximum d'intelligente perversité et de raffinements de cruauté, par le biais de tous ces morts accumulés et des tortures des âmes, des cœurs, des corps d'enfants, d'humains ou d'animaux, ce cœur vivant de la terre sous son aspect le plus virginal et innocent. Dans ce sens que signifie « supporter » ? Je ne voudrais pas faire rentrer Jésus ni Bouddha et autres folies dans mon histoire, mais comment faire sans ? À chacun d’en trouver l’équivalent et c’est un vrai travail. Comment expliquer une quelconque cohérence de l'univers si on ne prend pas en compte ce qui « soutient », « supporte » notre monde intime qui en est partie intégrante dans son irrépressible souffrance, comme dans un canal de strangulation vers où toute l'humanité se dirige inexorablement, comme attirée vers elle-même. Jusqu'où faut-il supporter l'insupportable ? Comment justifier l’injustifiable, tolérer l’intolérable, la torture, la violence, la Shoa, les Khmers Rouges, l’éradication définitives de milliers d’espèces, le suprême égoïsme de nos élites, l’abrutissement collectif et j’en passe, sans une salutaire « folie » ?… et peu importe la forme qu’elle adopte.

Page du 20 septembre 2018 jour de clairvoyance
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