Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 21 septembre 2018 jour dans la peau de John Malkovich

Denis Vallier

      Dans n’importe quel désert, au bout de plusieurs heures sans avoir vu âme qui vive, il suffit d’arrêter sa voiture à cause d’une envie de pisser pour qu’un type sorte de nulle part. L’infection s’est généralisée à l’ensemble du globe, la planète est contaminée, nous sommes partout. J’ai voyagé parmi les hommes, je les ai connus. Certains d'entre eux, certains d'entre elles, très peu mais déjà bien assez. En tout cas, quelle que soit la latitude, je les ai connus assez pour les voir en grosse majorité dans leur pitoyable et ennuyeuse condition … Ces quelques réflexions ne sont guère originales, n’est-ce pas ?  C’est à peu près ce que se dit chacun d’entre nous et ce n’est pas particulièrement intelligent. Nous vivons dans des sociétés où chacun s’imagine différent de la masse et assez malin pour s’en distinguer mais, dans le même temps, doute de ses capacités s’il en est pourvu ou les surévalue si elles sont médiocres. Une chose est sûre, l'intelligence collective n'existe pas : chacun agit dans son quotidien pour servir au mieux ses petits intérêts, assouvir ses petits plaisirs et collectivement nous agissons comme des abrutis. La masse dont je fais évidemment partie n'a pas d'esprit, en tout cas bien moins qu’une ruche ou une fourmilière qui jamais ne dort : contrairement à nous, ces animaux élaborent des stratégies complexes en adéquation avec le milieu pour servir au mieux leur collectivités. Notre intelligence collective n’est qu’une vue de notre esprit.

      Pourtant la foule pèse lourdement sur nos épaules et nous sommes devenus si nombreux que les minuscules actions de chacun, multipliées à l’infini par Facebook ou Twitter, gonflent l’inconscient collectif auquel chacun participe comme une baudruche gigantesque. Tout événement dont je suis la cause, bon ou mauvais, aussi modeste soit-il, devient éternel et participe donc à la valeur globale de l'univers, de l'existence, de la vie. Le moindre de mes pas bouleverse des continents de poussière, écrabouille des vies par milliards et a des conséquences définitives gérées par la loi des grands nombres. En retour, nous sommes là à attendre que quelque chose se passe, venant de l'extérieur plutôt que de nous-mêmes, sautant sur la moindre occasion de nous sentir au-dessus de cette condition mesquine que nous essayons d'oublier par une drogue, un alcool, son équivalent ou la construction de notre amour-propre. Chacun à sa manière essaye d’entrer « dans la peau de John Malkovich ». Nous faisons parfois semblant de nous aimer, croyons qu'il y a une recette pour vraiment se sentir à l’aise à l’intérieur. Les moteurs thermiques étant obsolètes, ils sont devenus de recherche : nous interrogeons les astres, Google, la Bible, les autres ou Facebook pour savoir comment s'aimer, pour savoir comment le factice pourrait être un peu moins factice.

Page du 21 septembre 2018 jour dans la peau de John Malkovich
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commentaires