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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 22 septembre 2018 jour dans les bois

Denis Vallier

      Shakespeare nous a laissé un superbe héritage : sa vie a été une pièce de théâtre  qu’il a jouée en abîme sur une immense scène. C’est valable pour chacun d’entre nous et je ne saurai jamais comment me retirer de cette comédie dramatique : en tant qu'homme, je suis obligé d'y participer. On aura beau dire, être humain vous enlève toute possibilité de choix : je dois être homme ou disparaître. J’ai réalisé que j’étais dans cette impasse très tôt, avant même que j’ai eu mes deux testicules, car en fait, j’ai bien vu qu’on n’a qu’un œuf mais je ne voulais pas le mettre dans le même panier. Il ne m’a pas fallu beaucoup de temps pour me rendre compte de cela, il en faut par contre beaucoup plus pour apprendre à vivre après cette constatation. Mais à rebours, cette vie si courte me semble déjà bien longue d'efforts surhumains pour parvenir à supporter l'humain ; en réalité, tous ces efforts accumulés n’avaient pour but que de parvenir à supporter l'humain.

La nature et l’évolution nous ont  créés sur une échelle de temps incommensurable. Au départ, nous en faisions partie et nous sommes toujours liés, mais dès qu’il est né, l’humain a voulu couper le cordon avec Mère Nature. Plus nous nous en éloignons, plus l’élastique se tend, plus la nature nous attire, nous émerveille et nous fascine. Cette attraction entretient en nous une nostalgie d’un passé idyllique en réalité sans objet. On imagine les Bochimans, les Inuits ou les pygmées proches de la nature mais ce ne sont que de supers gestionnaires un brin exotiques, leur adaptation est remarquable et leur survie, un combat permanent. Thoreau, si influent aux Etats-Unis, a conçu « Walden ou la vie dans les bois » au bord de son étang mais il est retourné à la civilisation. Christopher, le héros de « Into the wild » de Sean Penn comprend un peu tard que vivre son rêve loin des humains est une erreur, qu’on ne saurait être heureux seul. Tarzan ou Mowgli sont des fantasmes, des personnages imaginaires, l’homme proche de la nature n’est qu’un mythe : parce qu’il est humain, l’homme s’y est toujours opposé, confronté, en fait il la combat et la maudit, sinon, il ne pense qu’à l’exploiter et à la mettre sous cloche. L’homme, préhistorique ou pas, n’a jamais été un tendre en harmonie avec son milieu, il l’a toujours modifié et systématiquement amoché : dès le départ, nous avons été de grands massacreurs, nous ne faisons qu’achever le travail. Dès que nous avons maîtrisé le feu nous avons tout brûlé, les traces sont encore perceptibles des milliers d’années plus tard. Et quand il a eu froid, l’homme a préféré se vêtir de peaux de bêtes plutôt qu’attendre qu’une fourrure lui repousse.  Il y a longtemps que nous n’attendons plus rien de la nature et de son évolution, le processus est bien trop lent : nous sommes de plus en plus pressés et maintenant nous vivons dans l’urgence permanente en tendant le dos avant la catastrophe. Espérer le surhumain et y travailler est une façon optimiste d’envisager la suite des événements mais l’optimisme n’est pas qu’un état d’esprit porté par l’espérance et teinté d’insouciance, c’est avant tout une responsabilité d’importance qui nécessiterait qu’on y réfléchisse et de préférence collectivement… mais avec certains abrutis au pouvoir, ce n’est pas gagné…

Page du 22 septembre 2018 jour dans les bois
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