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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 25 septembre 2018 jour sur le trône

Denis Vallier

      Dans la vie, tout n’est qu’équilibre et mouvements, mais c’est avant tout un énorme besoin à satisfaire qui regroupe nombre de besoins secondaires. Je ne vois aucune raison de les hiérarchiser et d’en passer certains sous silence plus que d’autres. La scatologie mériterait de retrouver la simplicité naturelle de notre « Comment allez-vous ? » quotidien. Pour les plus urgents, c’est la deuxième porte à gauche. En un an, une personne ordinaire utilise en moyenne 2500 fois les toilettes. L’endroit mériterait un investissement à la hauteur de son usage pour en faire la pièce la plus agréable de nos logements surtout que certains le squattent allègrement en répondant à travers la porte « j’y suis, j’y reste ! »… pendant que les autres à l’extérieur les supplient de leur accorder une chance. Il faut dire que le lieu a bien changé au cours des millénaires et possède désormais tout ce dont la vie intérieure a besoin : le calme et la solitude, la possibilité de recueillement et le mépris des sollicitations extérieures tenues à l’écart par un verrou… un luxe ! Dans ce sanctuaire où les rois vont à pied pour retrouver leurs origines, notre animalité côtoie au plus près notre humanité. Il est tout à fait inconvenant de s’y laisser distraire par quoi que ce soit : par la lecture de ce genre de texte par exemple ou par la résolution de sudoku ou pire encore, par l’usage devenu scandaleux, sacrilège et intrusif du smartphone. C’est un parfait laboratoire propice à la concentration intime, un endroit où l’on peut se lâcher et donner le meilleur de soi-même, où il convient de se contenter de ressentir toute l’intelligence de nos intestins, cette merveille de la nature, de méditer sur notre côté obscur, de savourer cet instant de pause et de ressourcement loin de la cacophonie du monde. À l’extrême limite on peut utiliser le PQ pour composer ce genre d’odes aux cabinets, exercice aussi vieux que l’écriture, mais rien ne nous y oblige :

Que j'aime m'attarder dans ces lieux de plaisance,
Ces puits de solitude où s'écoulent nos pensées,
Ces églises habitées par autant de présences,
De pudiques attitudes riches d'humanités.

Trop de gens hypocrites, insensibles, et vulgaires
Très impudiquement leurs jettent leurs eaux fortes,
Et comme notre Histoire, puritaine et austère
Aseptise Archimède : ils les traitent de chiottes !

Ô toi ! Mon petit coin où les pensées fécondent !
Temple de Vespasien ! Ô toi, l'antre du Monde !
Garde cette candeur généreuse et tranquille

Qui inspirent nos âmes de braves solitaires,
Et nous font décorer tes murs de sanctuaire
De si belles pensées, de si beaux évangiles…

Sacrilège...

Sacrilège...

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