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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 26 septembre 2018 jour de jouissance

Denis Vallier
Page du 26 septembre 2018 jour de jouissance

      Nos fonctions organiques sont tout autant digestives et rénales que cognitives ou autres mais avant tout indispensables à notre bon fonctionnement. Assumons-nous en fonctionnant, puisqu'on est fait pour ça. Quel bien-être après avoir pissé, pété, déféqué, éjaculé, éliminé tout ce qui nous encombre l’esprit comme le reste, tout ce que notre verni social et nos religions ont fait glisser en coulisse sous une chape de pudibonderie : on se sent libéré d’un poids comme si tout ce que nous exprimions nous faisait du bien… ne serait-ce que ça la vie ? Fonctionner ? Absorber ? Éliminer ? Non pas se débarrasser de soi mais se consumer… Jouir de notre fonctionnement pour nous accommoder avec notre condition d’êtres humains poilus et odorants.

      Si je comprends bien ce que j’écris, ce qui n’est pas gagné d’avance, l’intense ex-tase de la jouissance suprême… ce serait la mort quand on se débarrasse du pack entier d’un seul coup mais il vaut mieux ne le vérifier que le moment venu. L’être humain qui jouit jouit, il en oublie même de vivre, même s’il sait qu’après ça, il peut mourir, que sa fin est peut-être proche, peut-être lointaine, mais en tout cas certaine : il s’en moque, il jouit de l’instant. C’est la danse macabre et perpétuelle d’Éros et de Thanatos. Le problème avec la jouissance, cette sorte de plaisir d’avoir du plaisir, c’est qu’on en veut toujours plus car tout s’estompe à l’usage et d’ailleurs, c’est bien pour cette raison que l’on se met à écrire quand penser, méditer ne suffit plus : on fonctionne et on jubile en s’ouvrant à un ailleurs, en créant dans une jouissance esthétique parfois féconde, parfois ridicule. Ecrire pour les petites gens laisse toujours une odeur de crasse et de transpiration, mais qu’importe pourvu que l’on jouisse. L’expérience vécue de l’art est d’ailleurs très proche de l’expérience sexuelle : vues de l’extérieur, elles ressemblent toutes deux à des contorsions à n’en plus finir et à de risibles soubresauts.

      Ainsi, au travers de la jouissance qui impose un temps mort dans notre va-et-vient habituel, le véritable but est bien d’entrevoir ou d’entrouvrir cet autre rapport possible au temps, dans la révélation de « l’instant », du « moment », dans leur valorisation. Cette attente avant le plaisir, ce temps autre, démultiplié, cette éternité du « pur moment »,  est unique : il participe à la fois de l’ordre de l’infini et du « point ». Je comprends que certains obsédés intelligents ayant lu Sade qui défrayent les chroniques, développent la certitude quasi mystique que le seul et véritable savoir ne se découvre que par l’intermédiaire du sexe. Mais ils jouent petits pénis à côté des punaises qui ne font que cela en dehors de manger et dormir. Le problème est que les mâles sont équipés d’un pénis perforant, qu’ils ont une très mauvaise vue et qu’ils émettent énormément de sperme. Pressés par le besoin, ils sont donc capables de se satisfaire sur n'importe quel insecte qui a de fortes chances d’y laisser sa kératine sous leurs ardeurs frénétiques ! Nous qui imaginions être les seules bestioles obsédées à faire l’amour par pur plaisir nous sommes loin du compte ! Cela soulage notre ancestral sentiment de culpabilité…

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