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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 27 septembre 2018 jour d'escalade

Denis Vallier

      La vie est formidable, prodigieuse, miraculeuse et les mots sont faibles, mais à y regarder de plus près, rien ne peut être qui ne soit absurde. Nous avons tant d’énergie à dépenser et nous sommes si nombreux que cela pose problème… s’il est bon de courir, nager, glisser, jouir de tout ce que peut nous offrir notre corps, il est tout aussi absurde d’en abuser. Mais au bilan, sortir du néant, faire son petit numéro et disparaître à jamais… n’être qu’un brave humain qui a la trouille de crever, qui veut se vider testicules et ovaires et qui cherche à « réussir », il y a des jours où on se demande à quoi cela correspond… oublier, fuir, trembler, saisir, aimer, jouir, rater, maudire, souffrir, refuser, regretter, mourir… Tous les verbes du dictionnaire y passent, mais pourquoi une telle frénésie ? Il est facile de croire qu’on maîtrise le temps, surtout quand on va très, très vite, mais c’est jusqu’à ce que le temps vous rattrape et vous laisse sur place, immobiles. Nos édifices s’écrouleront inexorablement… tout cela semble aussi vain que chercher les traces du vol des oiseaux dans le ciel. Les traces sont dans la mémoire et s’effaceront avec elle.

      En attendant sans fin Godot, l’homme ne peut refuser de voir la réalité de sa situation. Il ne peut volontairement retourner à l’obscurité ou même devenir aveugle une fois que la vue lui est accordée pas plus qu’il ne peut ne pas être né. De toutes les espèces, nous sommes apparemment la plus douée pour l’introspection, du moins c’est ce que l’on suppose, la seule en tout cas qui ait ce poison du doute de soi inscrit dans son code génétique. Indignes de nos dons, nous bâtissons, nous vendons, nous achetons, nous consommons. Et à notre époque désorientée, nous nous réfugions dans l’illusion de la réussite matérielle. Nous bossons dur pour posséder une voiture, une maison, puis deux, trois, vingt maisons,  des montres de luxes, des yachts, des tableaux de maîtres, des bijoux, tout autant d’objets aussi inutiles que de mauvais goût mais qui matérialiseront notre « réussite » et que les autres n’auront pas… tra la la ! Puériles, nous irons jusqu’à tricher, mentir, écraser pour nous frayer un chemin jusqu’au sommet, au sacré graal : « le bureau tout en haut de l’immeuble » et ensuite, nous appellerons « réussite » cette domination ridicule sur d’autres humains. A quoi rime cette idée de grimper à tout prix ? C’est sans doute une vieille nostalgie de nos ancêtres primates. Il y a donc cette maladie en nous qui nous remonte comme de la bile en laissant un goût amer dans l’arrière-gorge. Nous nions son existence jusqu’au jour où le corps se rebelle contre l’esprit ou ce qui nous en sert et hurle : « je ne suis pas bien portant ! ». Ce n’est que lorsque nous prenons conscience de ce mal qu’on peut espérer lui trouver un remède  et commencer à se soigner mais la plupart du temps, il est déjà trop tard.

Page du 27 septembre 2018 jour d'escalade
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