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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 30 septembre 2018 jour de la méduse

Denis Vallier

      Pour un regard froid et lucide, tous nos efforts, nos plaisirs, nos joies nos peines, tout ce qui fait notre vie semble vain et voué au néant. Cependant, je n’ai qu’une conscience floue de cette inutilité absurde : je ne l’approche que quand j’y réfléchis, le reste du temps, elle m’est tout à fait égale. Parfois quand j’y réfléchi je me dis que c’est même notre chance : la mort permet aux espèces de s'adapter à un environnement changeant par le renouvellement des générations. Ce n'est pas une punition mais le moteur efficace de l’évolution. D’ailleurs les morts gardent toujours quelques droits chez les vivants et la mort elle-même n’est pas une fatalité absolue. La jolie Turritopsis Nutricula dans sa robe de soie bleue s’en moque : c’est une méduse qui vieillit, atteint sa maturité sexuelle puis rajeunit grâce à un mécanisme cellulaire appelé transdifférenciation. La minuscule méduse Clythia fait de même : à la fin de ses jours quand elle se sent un peu fatiguée après avoir bien vécu, elle peut se fixer au fond de l’océan sous forme de polype qui va se reproduire de manière asexuée comme le font les fraisiers de proche en proche. On peut ainsi observer au bout d’un moment toute une colonie de polypes qui n’est en fait que le même individu multiplié à ce qui semble l’infini…Certains polypes spécialisés vont bourgeonner et produire de minuscules méduses qui poursuivront le cycle à l’identique, les autres restant sur place et continuant à bourgeonner. C'est ce qui la fait proliférer très rapidement dans les océans de la planète, ce qui ne manque pas d'intriguer les scientifiques d’autant plus qu’elle a la particularité de pouvoir régénérer n’importe lequel de ses organes. Une méduse, ce n’est que de l’eau qui vivrait, en aurait-elle adopté les cycles ? C’est un des mystérieux secrets du temps qui passe, il est capable de revenir sur ses pas et de tout transformer.

Turritopsis Nutricula

Turritopsis Nutricula

      Cette méduse a une version adaptée à l’eau douce : le polype d’eau douce qui est un organisme très commun de moins d’un centimètre dépourvu de processus de vieillissement : il ne meure jamais lui non plus, il se renouvelle et si on le divise, chaque partie reformera un individu indépendant. Son secret se cache dans un de ces gènes : le gène Fox 0 qui lui assure une production élevée et constante de cellules souches. Nous autres, humains, possédons également ce gène mais il est loin d’être aussi actif… Du point de vue de l'évolution, l'immortalité paraît un gros désavantage pour une espèce car elle la rend beaucoup plus lente dans ses évolutions que les autres et si les conditions changent brutalement, elle n’est pas certaine de survivre et même un milieu aussi stable que les fonds marins peut être atteint par le réchauffement climatique. Ces bestioles sont les seuls êtres vivants multicellulaires connus ayant cette caractéristique mais peut-être sont-elles parfaites. Elles n’auraient alors aucun besoin d’évoluer et elles ne s’en plaignent pas… mais prendre perpète sous forme d’ectoplasme n’est pas un sort que j’envie.

Page du 30 septembre 2018 jour de la méduse
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