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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 9 septembre 2018 jour des dunes

Denis Vallier

      Les macchabées sont unanimes, la mort n’est plus ce qu’elle était : ils vous affirmeront qu’il vaut mieux mourir à la campagne qu’en ville, là-bas au moins, tout le monde sait que vous êtes au cimetière, alors qu’en ville, on se figure que vous avez déménagé. Vivre est finalement très superficiel, poussière d’étoile tu es, poussière tu demeureras. Cela revient à inscrire son nom sur le sable d’une île entre deux rives, entre deux néants. De plus, on a beau taper des pieds, nous n’écrivons pas nous-même, c'est le vent qui écrit tout ça, qui enfle les voiles, c'est le vent aussi qui efface, qui pousse notre barque. Le monde, c’est du sable qui s’imprime, se sculpte, dissimule, préserve, révèle... et puis quand il en a le temps, élève quelques roses... Le cheikh Hamad Bin Hamdan Al Ahyan qui ne sait pas quoi faire de son argent n’est pas du tout d’accord : il a voulu que soit creusé de manière définitive son prénom dans le sable de Futaisi Island, une île qui lui appartient. Le prénom est actuellement visible de l'espace car chaque lettre mesure près d'un kilomètre de long… Ouah ! Mais qui les lira ? Des astronautes arabes ? Afin que l'érosion ne gomme pas cet indispensable ouvrage, l'eau de mer circule dans le canal ainsi formé. Mais, il aura beau faire, inexorablement, le sable avalera cette folie comme il a submergé les autres quand elles ne sont pas pyramidales. Les dunes inexorablement recouvrent toute vie comme dans le spectaculaire roman de Frank Herbert.

      Les dunes, gigantesques beautés, ordonnées, uniformes, mouvantes, sont tout à la fois du sable, du temps, du vent et donc du soleil. Le souffle régulier les érige hors du chaos, les structure et les harmonise. Plus la dune est haute, plus elle accumule de sable, plus elle appauvrit le vent qui, derrière son relief, fatigué, laisse une surface plane et monotone. Ainsi va la vie dans l’univers. Le souffle, c’est la vie qui se cherche dans la poussière, il se prend, se reprend, jusqu’au dernier qui nous efface.

Page du 9 septembre 2018 jour des dunes
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