Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 25 octobre 2018 jour des erreurs de la nature.

Denis Vallier

      Comment refuser de voir que la conscience humaine est l’une des erreurs les plus tragiques de la nature ? Les accidents sont les éléments de base de l’évolution mais là, elle a poussé le bouchon un peu loin : nous sommes devenus trop conscients de nous-même au point d’en être monstrueux. Un peu de conscience, ça va, mais trop, bonjour les dégâts ! A vouloir toujours faire mieux, la nature a absurdement créé un aspect d’elle-même qui ne lui appartient plus et ce n’est pas très malin. L’intéressant de la vie n’est pas dans les atomes qui la composent mais dans l’intelligence embarquée, le génie de leur assemblage. Mais la nature procède par essais et erreurs et souvent, elle se trompe en essayant une nouvelle astuce. De temps en temps elle produit une branche pourrie vouée à une brève putréfaction. Si l’erreur est si humaine que ça, c’est que l’homme est lui-même une erreur de la nature qui ne devrait pas exister selon les lois naturelles. Nous sommes des choses obsédées par l’illusion d’avoir un moi, cette accumulation de sensations et d’expériences sensorielles découpée en séquences successives bien rangées dans nos mémoires. Nous sommes dans le même temps des choses programmées par un patrimoine génétique possédant l’assurance que chacun d’entre nous est une personne libre alors que la vérité, vue de drone, c’est que nous ne sommes personne, fourmi parmi les fourmis.

      Nous sommes surtout la seule espèce contre nature capable de s’autodétruire. Quitte à renier notre nature humaine si peu naturelle, faisons-le jusqu’au bout : au lieu d’attendre passivement qu’une guerre nucléaire nous balaye de la carte ou que la surchauffe climatique nous sèche sur pieds,  la seule issue digne, convenable, serait de refuser ce pour quoi nous sommes programmés en commençant par ne plus nous reproduire. Nous marcherions alors joyeusement main dans la main et en toute conscience vers notre extinction, notre dernière nuit, frères et sœurs rompant ensemble un contrat abusif… De toute façon, à la fin des fins, les bonimenteurs demeureront les seuls à ne pas mentir quand ils affirment en braillant sur les marchés que « Tout doit disparaître ! »…

      Mais toutefois, je ressens une immense joie à l'idée que même lorsqu'il ne restera plus rien de moi, ni de l’Humanité, ni de tout ce que j'ai aimé, il restera encore ce par quoi il m'a été donné de vivre tout cela et dont j’ignore tout, ce par quoi et selon quoi tout se montre mais qui, en soi, ne se montrera jamais. La précarité même de la venue au jour et qui survivra à toute vie sur terre. Un électron a une durée de vie d’au moins soixante-six milliards de milliards d’année selon ce qu’affirment doctement des physiciens italiens… A cette échelle de temps, au bout de 14 milliards d'années notre univers est tout jeune puisque il n’y a que 8% de son hydrogène et de son hélium qui se sont concentrés pour donner naissance à des étoiles et à des planètes. Il a encore beaucoup d’électrons à moudre et de pain sur la planche. Ça me laisse la certitude absolue que tout peut toujours recommencer en mille fois mieux. Y a-t-il donc une structure dans l'absurde qui me pousse à cette croyance ? Peut-on être structurellement existentialiste ? « En essayant continuellement, on finit par réussir. Donc : plus ça rate, plus on a de chance que ça marche » (Proverbe Shadock).

Page du 25 octobre 2018 jour des erreurs de la nature.
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commentaires