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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 18 janvier 2019 jour des clowns

Denis Vallier

C’est facile de faire le clown, il suffit de mettre un nez rouge. Par contre, faire rigoler l’est beaucoup moins. Or on en a besoin par ces temps de sinistrose aggravée. A priori, ça a l’air fort simple, mais en réalité, faire rire par le burlesque demande beaucoup de travail et de technique et je suis admiratif de ceux qui y parviennent : les Laurel et Hardy, les Buster Keaton, les Charlie Chaplin, mais aussi plus près de nous et dans des registres différents, les Tati, les Monty Python, les Fernandel, Bourvil, Pierre Dac, Fernand Raynaud, Desproges, Devos et autres Coluche. Tous ces morts qui nous font marrer, ça ne nous rajeunit pas ma pov’dame… Par exemple, il ne faut pas exprimer la douleur du coup de pied dans le tibia trop tôt ou trop tard et c’est encore mieux si on a mal à l’autre jambe. Tout est dans le timing, il est crucial : il faut jouer avec son public, flirter avec lui, éveiller son intérêt, tendre l’attention et l’élastique puis le relâcher d’un clac. Ensuite il faut rassurer son public avant de recommencer en douce quand il ne s’y attend plus. Faire rire, c’est simple mais ce n’est pas facile. Les premiers films comiques muets racontaient des histoires courtes de cinq minutes à peine pendant lesquelles les catastrophes se succédaient. Si l’on fait une petite recherche sur le thème « slapsticks » (ces petits films où on distribuait des coups de bâton) on constate qu’il était impératif de casser le rythme, d’être à côté de la réalité et on le faisait sans paroles. D’ailleurs, la parole était inutile : elle donne un sens raisonnable aux histoires et on n’en voulait surtout pas. Ça chutait de tous les côtés, il y avait des batailles de tartes à la crème, les toits s’effondraient, le monde que l’on connaît s’écroulait. Il y avait quelque chose dans cet esprit pionnier, dans cet esprit conquérant des premiers slapsticks  qui s’accordait avec le goût fondamental que nous avons tous pour la destruction. Voyez un petit gamin, vous lui construisez avec amour et patience un superbe château de sable ou de cartes et qu’est-ce qu’il fait : il le flanque parterre. De ce côté-là, il nous en reste quelque chose de constitutif : si l’on a plaisir à construire, on l’a tout autant à tout casser.

Page du 18 janvier 2019 jour des clowns
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