Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 20 janvier 2019 jour de plongée.

Denis Vallier

      J’ai longtemps cru que la vie était un jeu avec des règles tenant de la marelle, du jeu de l’oie ou de l’amour et du hasard : c’est faux !  Plus précisément, ce n’est vrai que pour une infime tranche de la population qui joue au Monopoly grandeur nature et se partage le gâteau mais nous, nous ne sommes que leurs jouets. Toutefois, si la situation est désespérée, elle n’est toujours pas sérieuse pour autant. D'où l'utilité toujours d’actualité du divertissement ou plutôt, de la diversion. Ça commence par la couche culotte qui fait de la musique, un son qui se parfume, et ça finit de manière encore moins ragoutante, par un coussin péteur et une partie de dames à l'hospice. Entre les deux, devant notre télé, aucun face à face courageux avec soi-même ! Vivre ainsi en se voilant la face, c’est nier l’abject et ne voir que la beauté du monde, juste une plongée suffocante dans la beauté du monde… C’est vrai qu’il y a de l’abject sur cette planète mais que le monde est beau ! On en reste assis ! La beauté peut nous couper le souffle mais nous le rendre aussitôt comme on rend un baiser : on respirera la beauté qu'elle nous insuffle comme on respirait la mort avant elle et pendant un long moment on existera d'une façon aérienne et joyeuse sous les nuages…

      Les amateurs de sports extrêmes le savent bien, eux qui plongent dans le cœur de la beauté sans jamais la voir. Ce n'est pas la mort qu'ils défient c'est le hasard qu'ils réfutent, ce gouffre absurde en forme de nuage inversé. Ils se jettent dans le vide dans l’idée de le combler et nous, nous ne les comprenons pas. L'intensité, n'est-elle pas le moyen ultime de se sentir vivre ? Ou est-ce le comble de la diversion ? Si par malheur ces fous furieux meurent dans leur chute en essayant de transpercer de leur corps la beauté comme Icare ou Ricard, un nom comme ça, qui termina noyé dans cinq volumes d’eau, leur mort ne sera pas belle pour autant. Elle restera comme une phrase incomprise dont on ne retient que les mots et pas le sens. La boue et le rocher finissent au fond de l’eau de la même façon ; c’est ce qu’on se dit dans nos fauteuils devant nos télévisions.

Photo de Ben Thouard

Photo de Ben Thouard

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commentaires