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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 23 janvier 2019 jour des vieilles scies

Denis Vallier

      Qui suis-je ? Que sais-je ? Où cours-je ? Encore et toujours les vieilles questions usées jusqu’à la corde, vieilles scies rouillées qui filent le tétanos… Malgré tout, on y revient de temps à autres, on y retourne comme on rentre au pays. En dépassant la simple observation, il n’y a rien d’extraordinaire à chercher du « sens » à ce que l’on vit... Pourquoi ? Parce qu’effectivement, on vieillit, que le compte à rebours est enclenché et qu’on perçoit à la façon de Camus, intuitivement,  le côté malgré tout absurde de la vie. Comme le diable, l’absurde se glisse dans les détails. Le si célèbre Charlie Chaplin s'est présenté incognito à un concours de sosies de Charlot en 1915… il n'a même pas atteint la finale !… On le voit bien, l'histoire ne pose que des lapins ! On peut appeler ça comme on veut, le destin, le fatum, Dieu (en sous-titres Jéhovah, Vishnou, Allah, etc., etc.,), et autres vocables qui ne servent qu'à déguiser l'absurde en volonté supérieure. Autant d’individus, autant de vies et certaines sont gratinées. C’est du grand n’importe quoi.

      Finalement, ce qui permet d’accéder au sens, c’est de savoir que l’on est mortel : mortel, c’est-à-dire à jamais unique, comme un sens peut être unique, sa direction connue et une voie sans issue. Au minimum, on sait où l’on va… Que l’on soit clodo ou un de ces 26 multimilliardaires aussi riches que la moitié de l’humanité, ce sentiment de finitude (laquelle fait corps avec ses hasards, sachant que ce sont eux le réel) nous permet également de rencontrer à même niveau d’autres êtres embarqués sur le même bateau, et de les tenir pour un absolu eux aussi (un absolu : ce que l’on ne peut régenter). Il est impossible d’aller seul où l’on va sans devenir fou. Le sens, c’est donc parallèlement, de fonder l’échange social sur le respect de la nature « sacrée » de l’Autre et, si l’on tient à la sienne, sur l’adhésion à la liberté de l’Autre. Mais la pensée qui doit suivre cette intuition pour que la communauté s’organise est de nature conceptuelle ; elle ne retient de la réalité empirique que des aspects, abstractions qui substituent leur intemporel au sentiment de la finitude et finissent par le brouiller et l’enfouir sous un fatras conventionnel, administratif, commercial, politique, religieux. C’est pourquoi le sens est constamment en péril dans le monde où nous vivons et la plus part du temps, il nous échappe. En fin de compte, sans piqûres de rappel régulières, gueux ou puissant, on se retrouve Gros-Jean comme devant et on meurt idiot.

Photo d’Harimao Lee

Photo d’Harimao Lee

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