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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 27 janvier 2019 jour en enfer

Denis Vallier

      Les contraires s’attirent irrésistiblement comme s’ils voulaient combler un vide. Etant de nature plutôt sereine et stable, terrienne, rocheuse, atrocement centrale, autant apollinienne que dionysiaque malgré ces nombreuses décennies à assumer mon prénom, j’ai toujours eu un faible pour les marginaux, les borderlines. Mes lectures se portent volontiers vers les trouvailles d’un Cioran ou les fulgurances d’un Céline dans sa version présentable. Mais les fumeuses théories pessimistes produites par ce dandy en mal de différentiation, ou ce déjanté increvable et abject, portent en elles l'irrationalité vertueuse de produire logiquement leurs antidotes. Verbiages inconséquents, vides et absurdes, sécheresse de vieille mégère inculte, voilà ce qui peut résumer ce qui, et c’est là qu’est l’os, me fait tant d'effets et que j’ai eu tendance à reproduire trop souvent et trop longtemps malgré mon optimisme pathologique... Les pessimistes ont malheureusement souvent raison, mais ils sont toujours trop pressés par le temps qui les obsède et ils ne voient rien venir du haut de leur tour hormis les catastrophes ; ils s'empressent de dire, pour être les premiers à le dire avant les prédicateurs de mauvaise augure, que rien ne viendra sinon la fin des temps.

      Ils nous plongent dans leur enfer. L'enfer, sur la terre comme au ciel, ce n’est pas que les autres : ce n’est rien d’autre que notre propre enfer intérieur, à chacun de nous, que nous projetons dans notre entourage. Il y en a de plus ou moins brûlants mais n’y a pas d’autre demeure pour tous les Diables et autres inventions. Et ce drame qui se joue dans nos cœurs et nos structures mentales, que nous refoulons soigneusement la plupart du temps, cet enfer intérieur de peurs, de frustrations, de désirs dévorants, de jalousies, d'amertumes, de révoltes, de dépressions, de rancunes brûlantes souvent sans objets bien définis, de conditionnements à croire que nous sommes ceci ou cela, tout cela qui fait de nous de pathétiques pantins manipulés par notre passé, eh bien cet enfer, nous le transmettons à nos enfants. Inexorablement.

      Nous le transmettons de génération en génération en y rajoutant une couche à chaque fois, sans que personne n'y puisse rien, semble-t-il, avec une aggravation globale lente et continue, au fil des siècles. La seule manière de sortir de cette situation serait une attention neutre, sans culpabilité, sans jugement, sans desseins, dirigée vers les sentiments et les mécanismes mentaux qui conditionnent la pensée en particulier et qui nous animent sans que nous en ayons une conscience claire. Sans attention nous ne sommes ni viables ni fiables. Et l'attention c'est regarder sans commentaires, en silence, ce qui est là, quoi que ce soit.

Page du 27 janvier 2019 jour en enfer
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