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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 5 janvier 2019 jour d'anarchie

Denis Vallier

      On entend dire ici ou là que les Gilets Jaunes sont un mouvement anarchique et il est vrai qu’il part dans tous les sens à la satisfaction, inquiète malgré tout, des tenants du système. Les deux tendances qui semblent se distinguer, l’une antisystème qui veut tout faire sauter et l’autre qui demande plus de poids collectif dans la marche du pays par référendum, n’ont pas grand-chose en commun à part leurs gilets jaunes qu’elles ne voudront lâcher ni l’une, ni l’autre. Mais « anarchique » est un qualificatif hâtif (et tiré par les cheveux) : bordélique oui, anarchique non.

      Ce qui pose problème à l’utopie anarchique et à sa noblesse (ou plus généralement, à l'esprit libertaire), c'est que de nombreuses personnes dans mon genre, attirées par cet idéal, y renoncent en se disant qu'il repose sur une fausse idée bien trop optimiste de l'homme. Ce qui est valable pour certains d’entre nous ne l’est pas pour tous. La grande majorité des citoyens ne se soumet à la société que par peur, conformisme social ou plaisir. Mais aussi pour échapper à sa responsabilité. Difficile de croire, en effet, que l'esprit humain puisse définitivement accéder à la maturité et à la responsabilité personnelle et qu'ainsi, les accords contractuels établis entre individus particuliers puissent, par un système fédéraliste restant à inventer, être étendus à l'échelle de la nation (l'intérêt de chacun devenant ainsi spontanément et miraculeusement l'intérêt de tous). Pour commencer, il faudrait, pour cela, que chacun d’entre nous redéfinisse la notion de liberté et en dessine, de façon individuelle, les limites et les contraintes. Le bénéfice individuel est une émanation de l'intérêt commun, intérêt que chacun doit défendre seul, avec la même conscience du danger, la même conception de la liberté : or la grande majorité d’entre nous en est incapable. De toute façon, la liberté, quelle qu’en soit notre conception, n’est pas donnée : c’est une richesse que tout le monde dans l’état actuel des choses n’est pas prêt à apprécier à sa juste valeur et à tout simplement recevoir.

      Par quel miracle l'esprit humain encore en pleine crise d’adolescence pourrait-il accéder à la maturité ? Il lui faudrait pour cela une conscience d’une autre nature que la sienne. Pas une conscience du genre « l'œil était dans la tombe », pas une conscience spartiate, pas une conscience sectaire, pas une conscience trop rigoriste ! Simplement, une toute petite conscience, celle qui par exemple, empêcherait un président de faire des murs ou d’appuyer sur un bouton rouge, les assassins de tuer, les violeurs de violer, les pollueurs de tuer la vie sur terre, celle qui suggèrerait aux grands de ce monde de se rapprocher des petits et aux petits de se respecter et de ne pas se bouffer entre eux…

      Pourtant, la désobéissance n’est pas incompatible avec la démocratie mais il y a loin du rêve à la réalité.

Page du 5 janvier 2019 jour d'anarchie
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