Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 6 janvier 2019 jour d'affrontement

Denis Vallier

      La rue est bruyante ces derniers temps, de grands enfants colériques y côtoient de braves retraités démunis et indignés  en jouant à la guerre. Entre deux charges de CRS, ces gamins pensent pouvoir changer le monde en changeant de trottoir. S’il peut être honorable de prendre des pavés et sa destinée en main pour défendre une dignité bafouée ou sa liberté malmenée, il est beaucoup plus contestable d’essayer d’élargir les voies  à coups de boutoirs d’engins de chantiers en défonçant banques et ministères. Comment l’homme de la rue pourrait-il trouver suffisamment de maturité pour peser sur la marche du monde sans se tirer une balle dans le pied ? Je ne vois qu’une seule manière : en se libérant du despotisme du passé qui agit sur lui à son insu. Cet affranchissement du passé agissant, n'est peut-être pas si difficile qu'on le croit. Ce qui est difficile, c'est d'identifier la cause de notre immaturité. Cette cause c'est notre douloureux passé sans amour qui se manifeste en nous sous la forme de désirs, de passions, d'agressivité, de rancune, etc... Nos aïeux esclaves, torturés, gazés, exploités, sont encore en nous, inspirent nos pensées et commandent nos actes. Parfois même trop d’amour tue l’amour : un excès d’amour maternel par exemple, peut commettre autant de dégâts qu’une absence d’amour. Un amour possessif n’est qu’un amour de son prolongement, c’est-à-dire de soi au dépend de l’autre.

      Regardons autour de nous et observons les adultes que peuvent donner des enfants auxquels on a refusé le droit d'avoir un avis, le droit de s'exprimer, le droit d'avoir le choix, le droit au respect donc le droit à l'amour… des enfants auxquels on a imposé des règles éducatives absurdes, des exigences stupides et indiscutables, des lois strictes et incontournables depuis leur plus tendre enfance... ou au contraires, des enfants qu’on a abandonné à eux-mêmes, sans aucune limite, sans le moindre repère… le résultat est le même : des êtres atrophiés, incomplets, détruits ou étouffés. D’autres resteront d’éternels rebelles, révoltés, des écorchés à vif par manque d'amour ou par les frottements de trop d’amour fou, même s'ils ont l’apparence d’adultes... que de Mozart assassinés.

     La seule nation qui vaille est l'imagination. Pour peser sur la marche du monde tel qu’il est, il faut militer pour que l’imagination soit au pouvoir et non Ubu et procurer à ses enfants équilibre et stabilité. C’est devenu difficile avec tous ses couples qui explosent en vol nuptial. Rien ne peut s’accomplir sans se retrousser les manches en évitant si c'est possible, de transmettre aux jeunes notre défaitisme de vieillards désabusés : « de toutes les façons nous n'y arriverons pas, c'est trop difficile, c'est une utopie, ce n'est pas si simple, etc... ». C’est vrai que je me répète ça trop souvent... si tout le monde fait de même, comment voulez-vous qu'on s’en sorte ? A juste titre quelques pancartes réclament que « Ceux qui pensent que c’est impossible sont priés de laisser les autres essayer ». « Rien n’est plus imminent que l’impossible » aurait rajouté Victor Hugo. D’autres s'en sortent pourtant. Je me demande comment et pourquoi ?

Page du 6 janvier 2019 jour d'affrontement
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commentaires