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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 16 décembre 2019 jour du gitan immobile.

Denis Vallier

      À présent, je suis ce que je deviens, voyageur immobile, Pessoa du pauvre, passager de la vie, passager des jours et des nuits dont la succession n’est plus si sûre que ça, passager des lieux démultipliés par l’errance virtuelle que je traverse du regard. Et traversé aussi par les voix passagères engouffrées dans mon être poreux. SDF de la vérité : Sensible, Délicat et Fragile quintal de gitan sédentaire posé au bord d’un de ces chemins qui mènent à la route du Rom sans jamais l’emprunter. Risible et magnifique tragédie…

      Nous sommes des voyageurs qu’un système inique oblige à s’asseoir. A mes yeux cernés, le chemin idéal vers la perfection serait tout autre : ce serait un chemin non pas rectiligne pour prendre la tangente au plus vite de ce cercle vicieux où nous sommes inscrits mais plutôt une sente tortueuse pleine de surprises et de malice. Pour que mes genoux d’enfant cicatrisent enfin de leurs écorchures, je polirais toutes les pierre d’achoppement, tous les cailloux, les choux et les bijoux pour en rehausser l'imparfait par la splendeur du subjonctif tout en rabotant l'impoli et le rugueux avec une courtoisie souriante et joyeuse…  au bout du compte, quel que soit le chemin que l’on emprunterait, il vaudrait mieux pour chacun qu’il soit totalement incongru, bizarre et taillé dans l’humour plutôt que parfaitement ennuyeux. Que d’éclats de rires, de joie et de plaisir en perspective…

      Mais elles sont rares les destinées homériques : pour la plupart, nous spiralons de concert dans l’entonnoir du conformisme. Je vais continuer à m’en plaindre sans me demander si je cultive réellement ma bizarrerie.  Suis-je suffisamment incongru à votre goût ? Mon humour piétine-t-il vos plates-bandes ? Ne serais-je pas plutôt ennuyeux sur ce chemin ? Il n’y a que les gens ennuyeux qui s’ennuient mais en général, ils ne le savent pas. Ils sont incapables de ressentir cet ennui, du coup, ils ne s’imaginent même pas qu’ils puissent ennuyer les autres. Tiens ! J’ai tout à coup comme une légère inquiétude… mais peu importe, je m’assois dessus au bord du chemin et je replonge dans un poème de Pessoa.

(Photo de John Nieto)

(Photo de John Nieto)

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