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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 17 avril 2020 jour d'un honnête homme...

Denis Vallier

      Que l’on soit d’ici ou de là,  pourquoi renier ses origines puisqu’on n’y est pour rien ? Pourquoi en avoir honte ou au contraire s’en glorifier ? N’est-ce pas puéril ? D’autant plus qu’il n’y a là rien de rédhibitoire… Si, pour une raison ou une autre, on décide d’échapper à son milieu de naissance qui aurait tendance à nous déterminer, la seule façon d’y parvenir est de bien l’identifier et d’en réaliser l’influence sur ses mouvements : rien n’est fixé, tout est amovible et plastique, nous sommes mouvements et de passage. L’avantage que nous accorde ce confinement forcé qui restreint ces mouvements, c’est qu’il nous accorde le temps de revisiter notre passé… Dans "La vie d’un honnête homme" un film de Sacha Guitry tourné en 1953, Michel Simon incarne deux vrais jumeaux dont un, Albert, est un antipathique "self made man" fier de sa réussite, reniant ses origines familiales et sociales, se disant honnête et respectable et qui en rajoute des tonnes : il épate la galerie et expose ostensiblement sa "réussite" … mais qu’a-t-il réussi en réalité ? Et l’autre jumeau, Alain, un sympathique margoulin à l’esprit de braconnier vivant de ses combines et qui a pris une toute autre trajectoire malgré leur patrimoine génétique commun. Ils se perdent de vue et ne se retrouvent qu’après de très nombreuses années.

      À l’issue de leur rencontre Albert congédie fraîchement Alain en lui lâchant « je ne te retiens pas…". L’autre, le moins que rien, lui répond gravement « eh bien moi, je te retiens…". En quelque sorte, l’un dit "je t’élimine comme tout ce qui témoigne d’un passé que je renie, que je voudrais ne pas avoir vécu" et l’autre lui répond "le reflet que je te renvoie est le témoignage vivant de ta prison dorée et de tout ce que tu as raté". Et voilà que ce frère dévoyé est emporté brutalement par un infarctus… La vie d’un honnête homme, encalminée sur une mer étale manque cruellement de sel et de piment : il a renoncé à tant de joies et de peines, à tant de plaisir et de souffrance, à tant de chaleur et d’amitié, à tant d’occasions de rire à gorge déployée et de larmes de désespoir, à tant d’intensité et d’aventures de tout ordre, au désir de plaire, à tant de bruit et de fureur, la manette à fond dans un bruit d’enfer sur sa Harley Davidson… Après ces brèves retrouvailles avec son double, l’industriel fortuné ayant "réussi" sa vie à la force du poignet réalise qu’il est passé à côté d’une véritable existence et décide alors de retrouver une authenticité qui lui a manquée sans même s’en apercevoir : il endosse les habits de son jumeau décédé et troque son argent et ses usines contre la vie pleine du voyou aventureux. Il quitte ainsi sans hésiter cette réussite dont il se disait si fier mais qui se révèle, en comparaison, si vide, vide d’amour, vide de signification… La suite ne se passera pas toujours comme il le souhaiterait car les déterminations sont puissantes mais la vie nous réserve tant de surprises, il devra donc, finalement, s’éclipser discrètement de notre champ de vision… Une bien belle histoire…

Page du 17 avril 2020 jour d'un honnête homme...
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