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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 20 avril 2020 jour de réflexion...

Denis Vallier

      Certaines histoires qu’on nous raconte sont des sources inépuisables de réflexion et ce mot correspond tout à fait à "La vie d’un honnête homme" sur laquelle je reviens. Dans cette relique en noir et blanc,  Guitry démontre comment on peut à la fois "s’élever dans la société" grâce, soi-disant, à sa volonté tout comme on peut s’en écarter pour mener une vie plus conforme à "sa nature". Le mythe du "self made man" a la vie dure. L’idée de celui qui s’est fait lui-même, qui ne doit rien à personne, dont la volonté est la seule force qui s’active en lui pour le propulser jusqu’au dernier échelon de l’échelle sociale, est totalement illusoire car personne dans ce monde ne se fait à partir de rien même si l’on est de basse extraction. Qu’il ait des qualités de courage, de travail, d’audace ou d’opportunisme, c’est sans doute vrai, mais nous ne sommes jamais l’unique source de nos actes, il y a tout un univers qui pousse dans notre dos. On se traîne inévitablement des déterminations, un héritage puisque rien que le fait de renier sa famille en démontre l’importance et on les trimbale tout au long d’un parcours. Refuser son passé comme si on voulait surgir du néant et s’auto-accoucher est une illusion, une prétention ridicule, un déni obscurantiste que l’on impose à soi et aux autres. La réflexion, c’est-à-dire cette rencontre avec son jumeau, une autre version de soi-même, démontre qu’il est impossible d’effacer le passé et ce retour sur lui-même va provoquer le bouleversement des postures sociales, une inversion de rôles.

      C’est que tous, tant que nous sommes, aussi "authentiques" que nous croyons l’être, nous jouons des rôles, nous nous abritons derrière une façade qui correspond à l’inclinaison de ce que nous appellerons notre "nature" : certains manient le second degré en permanence, rien ne les affecte, ils observent les aléas de l’existence avec cette distance qui leur permet de les relativiser et de les tourner en dérision, d’autres hautins, sûrs de leurs certitudes et persuadés du bon droit qu’elles leur accordent, vous toiseront de haut tandis que d’autres encore, joyeux et rayonnants dans la plus grande simplicité, vous illuminent de leur sourire permanent que les pires calamités n’affectent pas. Nos facettes sont multiples et virevoltent dans le kaléidoscope : à chacun son personnage et sa posture, comme le prétendait Shakespeare, le prince des mises en abymes.

Basse extraction...

Basse extraction...

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