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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 27 avril 2020 jour de la complexion...

Denis Vallier
Page du 27 avril 2020 jour de la complexion...

      Comme nombre de bons Français, j’ai la critique facile et l’ironie grinçante. Au cours de ma vie, narquois, je me suis moqué avant tout de moi-même (- ce qui est plutôt une bonne chose) mais aussi de tous les autres bipèdes, sans exception. J’ai surtout ri de ceux qui s’imaginent avoir un destin, ceux qui portent des médailles porte-bonheur, tout ceux qui s’imaginent se placer sous une protection divine et pensent que leurs prières vont leur permettre de gagner au Loto. Mais dans le même temps, j’ai tout autant critiqué l’ambition des arrivistes, je me suis moqué de la volonté qu’ils encensent et dont ils pensent ridiculement être la source, j’ai ri du sentiment que l’on peut "se faire soi-même" tout seul grâce au travail qui abrutit, que l’on est une origine radicale, sa propre racine comme un radis… mais derrière tout ça, il y a bien quelque chose qui nous fait balancer d’un côté ou de l’autre puisque c’est si partagé dans la population. Si nous ne sommes ni enfermés dans un destin, ni libres comme l’air, que nous reste-t-il ? Quand on n’a pas de formation philosophique académique, c’est au petit bonheur la chance qu’on déblaye son chemin, surtout quand on manque cruellement de modestie pour solliciter les conseils d’un maître. Alors, on cherche dans les vieux bouquins…

      Ce troisième terme entre destin et libre-arbitre, qui échappe à la détermination sans sacraliser la volonté propre de l’individu, je l’ai trouvé chez Spinoza : il appelle ça"l’ingenium", la complexion. C’est un moteur qui nous permet de bouger dans le sens que nous souhaitons. Pour expliciter à gros traits ce concept que j’ai un peu de mal à définir comme tout ce qui me vient de Spinoza, je dirais qu’il représente le tissage unique de déterminations multiples en lien avec mon histoire personnelle ce qui m’oblige à  assumer l’ensemble de ce que je suis. Ce qui nous constitue, ce sont des déterminations diverses, sociales, culturelles, affectives, familiales et autres en un mélange unique Au final, nous sommes tous différents comme la multitude des variétés de pâtes qui ne sont pourtant qu’un peu de farine et d’eau. Comment se nouent ces déterminations ? Dans quelles proportions respectives ? Avec quels nœuds ? Comment se dénouent-elles ? Comment se fatiguent-elles avec le temps et l’usage ou au contraire, se renforcent-elles ?

      Tenter de répondre à ces questions me donne une chance de comprendre la singularité mouvante de chacun d’entre nous ainsi que son parcours. Pour se faire une idée d’une trajectoire, il faut prendre en main l’écheveau de toutes ces déterminations mêlées et leur résultante ce qui permettra de tirer le fil de la pelote. Mais cela relèvera toujours du miracle sans une très grande précision…On peut prendre en exemple celle des ingénieurs qui ont lancés les sondes Voyager dans l’espace. Grâce à de simples calculs de trajectoires et en usant de l’effet de fronde de la gravité des planètes rencontrées, sans moyen de propulsion autres que la fusée initiale, ils ont permis à deux sondes d’explorer tous notre système solaire et même de s’en échapper avec le message de Carl Sagan pour d’éventuels extraterrestres. Lancés en 1977, Voyager II à des dizaines de milliards de kilomètres dans les jambes et Voyager I a quitté notre système et continuera à transmettre des informations sur le vide apparent qu’elle rencontre jusqu’en 2025. Il fallait bien viser et faire vite car l’occasion était unique : l’alignement de planètes favorable était bref et allait refermer la fenêtre de lancement pour 176 ans. Voyager I a envoyé une photo de la Terre qui n’occupe qu’un seul pixel bleu… Dans quelques temps, nous aurons disparu des écrans… Vous voyez, comprendre qui l’on est relève de l’exploit.

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