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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 28 avril 2020 jour avec des amis...

Denis Vallier

      Pour qu’elle vous soit profitable, nul besoin de connaître par cœur l’œuvre des maîtres que l’on se donne, plusieurs vies n’y suffiraient pas. Mieux vaut en avoir une vue d’ensemble et picorer ici et là les idées que vous n’auriez peut-être pas eues et qui vous font du bien. En ce sens, Spinoza est une source intarissable, aussi m’oblige-t-il à n’en trier que quelques fulgurances. Entre autres, la complexion passionnelle, "l’ingenium", qui peuvent paraître des termes assez barbares au néophyte que je suis mais qui m’évitent de me faire des nœuds au cerveau. En réalité, ce concept est effectivement une affaire de nœuds : par son génie intrinsèque, il unifie tout ce qui vient de l’extérieur à tout ce qui nous est propre pour nous proposer une puissance d’agir. C’est un faisceau d’habitudes et de routines, mais pas seulement : c’est aussi un faisceau d’affects et de rencontres qu’il est primordial de remettre au centre de nos parcours sociaux.

      Pour libérer notre puissance d’agir, si l’on suit ce que nous dit Spinoza, au lieu de valoriser stupidement l’ambition et la volonté comme le font tous les Julien Sorel et autres arrivistes, il convient de mettre en avant l’importance de l’imitation que nous aurions tendance à déprécier par orgueil. Imiter ce qui se fait de mieux ne fait de mal à personne. L’admiration peut ainsi devenir très bénéfique comme pour Albert Ménard-Lacoste, l’infect honnête homme de Sacha Guitry, celui qui "a réussi", mais qui prend la place de son pauvre hère de frère ayant mené une vie pleine et authentique. L’imitation, l’admiration certes, mais interviennent également la colère ou la honte qui peuvent nous pousser, par exemple, à effacer nos traces comme le fait Gatsby le Magnifique, à réparer nos erreurs ou à vouloir nous faire justice nous-même. Nous avons à gérer toute une complexion d’affects qui séparés se montreraient sans doute inefficaces mais qui, liés les uns aux autres, peuvent donc produire une synergie, une puissance qui déplace taupinières ou montagnes et permet de bâtir châteaux de sable ou de Versailles selon les moyens des uns ou des autres.

      La réponse salvatrice aux trajectoires morbides des Sorel ou des Gatsby, c’est l’admiration. Pour ma part, l’antidote provient d’une autre trajectoire tragique mais que j’estime, celle d’Albert Camus : c’est-à-dire l’histoire d’un homme qui dans la préface de "L’envers et l’endroit" raconte le fait que tout ce qu’il a réussi à faire dans sa vie, il le doit au souvenir vivace de son enfance. Camus, bien sûr, mais pas que… il y a aussi et parmi d’autres, l’intelligence de Spinoza qui me permet d’admettre que je ne suis pas libre quand je crois l’être mais que je suis libre à partir du moment où je sais que je ne le suis pas…

Page du 28 avril 2020 jour avec des amis...
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