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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 8 avril 2020 jour déraciné...

Denis Vallier

      Nous autres, pauvres humains déracinés, nous avons perdu la trace de nos lointaines origines et nous ne nous en sommes jamais vraiment remis… Rares sont ceux, parmi nous, qui ne se posent jamais de question, aussi, chacun se constitue sa petite idée et tente de s’y tenir. Par contre, nous sommes un grand nombre à être comme ces gamins de banlieue qui pensent que le lait est fabriqué par les frigos ou qui, parachutés un beau jour dans une campagne n'en reviennent pas de voir des poules en chair et en os et en plumes, courant et caquetant, tout ce qu'il y a de plus vivantes, alors que jusque-là tout leur laissait croire, qu'un poulet, ce véritable fossile vivant de dinosaure, ça n'avait pas d'existence antérieure au pré-emballé du supermarché... si l’on écoute Sartre, les mêmes, devenus adultes mais un peu nauséeux comme Roquentin, croient qu'une racine, ça viendrait tout bonnement de rien et apparaîtrait là sans raison. Sacrés citadins !... au minimum, elle vient d’une graine, non ? Qui, à son tour, viendrait d'où ?...

      La contingence s’impose par définition… Nous évoluons manifestement dans un Tout absolu, incoercible et magistralement neutre qui contient sa propre origine. Neutre, pas tout à fait, car ce Tout est très légèrement déséquilibré dans nos contrées : il y a, quasiment à la marge, un chouia de plus de matière que d’antimatière ce qui fait qu’il y a quelque chose plutôt que rien.  Nous ne pourrons jamais  connaître qu’une infime partie de ce chouia, c’est évidemment frustrant et cela en déstabilise plus d’un. On peut toujours remonter en amont, il y a toujours une cause à toute chose et une cause à cette cause, il suffit de renouer les fils et de les combiner avec le jeu de quelque hasard de passage pour expliquer comment on en est arrivés là. Et dans ce jeu, nul besoin de cause initiale, on peut s’en passer allègrement pour saisir le monde à pleine main et le détricoter à sa guise mais dès que l’on essaye de se représenter l’infini, on est vite fatigué et on appellera "Dieu" la station de métro où l’on descend et la fin de notre questionnement. Et si vous êtes vraiment frustré ou traumatisé, on pourra toujours vous bricoler des origines, comme dirais-je ?…, intermédiaires et sur mesures... vous vous en satisferai et vous pourrez vous reconstruire à partir de là. Si, pour mieux accepter ce Tout informe, vous voulez lui donner une figure qui vous ressemble et des caractéristiques que vous comprenez, grand bien vous fasse ! Tant mieux pour vous. C'est d'ailleurs ce que décide, plus ou moins consciemment, la plupart des croyants… la peur du vide, le vertige intérieur, ça prédispose à chercher des points d'appui solides comme la roche des origines où nous trouvions abris. Mais, bande d’abrutis, vous êtes encore bien trop nombreux à avoir la détestable manie de nous trancher la gorge pour nous imposer votre manière de voir l’invisible !

(Illustration par Pierre’s Visualz)

(Illustration par Pierre’s Visualz)

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