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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 19 mai 2020 jour de paix retrouvée

Denis Vallier
(Photo de Nathan Miftode au Canada)

(Photo de Nathan Miftode au Canada)

On en a mangé des kilomètres avant de se retrouver là, confinés.
On en a vu des vertes et des pas mûres, des ciels gris, des rivières.
On s'en est tapé du bitume, du goudron et des plumes.
On en a bouffé des pizzas, des couscous, du saucisson.
On en a connu des salopards, des justes et des paumés.
On en a salué des humains, des nuages, des éclairs.
On s'en est envoyé des beaux mecs, des pinups,
Des radasses, des sales types, des pouffiasses.
On en a piétiné des hérissons aplatis,
Des chiens écrasés, des pigeons un peu cons.
On en a versé des larmes
Des larmes de crocodile devant des dalles de granit
On s'en est ramassé des insultes, des "discutes pas !", des "j't'emmerde !"
On en a bavé des ronds de chapeau
Dans des carrées aux murs jaunis par le tabac et l'alcool.
On en a balancé des bouteilles à la mer,
Des soucoupes volantes et des vaisseaux sanguins.
On en a loupé des trains, des charrettes, des trottinettes.
On en a trahi des idées, des amis, des plages et des pavés.
On en a digéré des tristesses, des violons, des solitudes et des Requiem.
On en a arpenté des trottoirs.
On en a élevé des murs et des chimères,
Des douleurs et des "Nique-Ta-Mère".
On en a entendu des conneries, des beautés, des paradis.
On y a cru à tous ces dieux qu'on n'a jamais vus.
On en a zappé des "Plus belle la vie", des scènes de ménage,
Des contre-champs et des tomes Deux.
On s'en jeté des verres de vinasse, des hectolitres de bière.
On en a dansé des valses et des Sissi Impératrice.
On s'en est raconté des histoires.
On en a fait des cauchemars et des rêves bizarres.
On en a soupé des grimaces. On en a singé des attitudes.
On en a vaincu des altitudes. On en a perdu des latitudes.
On en a porté des lunettes. On en a guetté des silhouettes.
Et tout ça, tout ça pour quoi ? Hein ? Pourquoi ?
J’vous l’demande…

Tout ça pour qu'un soir de confinement l'on s'avoue à soi-même
Qu'il n'y a rien de plus chair au monde que cet amour fourretout,
Cette musique et ses silences.
Rien de plus chair que cette étrange combinaison
Qui ne guérit de rien mais nous rapproche de tout.
Ce petit quelques chose de pas grand-chose, cet instant divin,
Qui ressemble enfin à ce que l'on cherchait depuis tant de temps…:

La paix…

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